Épiphanie, de la crèche au pétrin

De nos jours, l’Épiphanie se fête davantage chez le boulanger-pâtissier qu’à l’église ! L’épisode de l’adoration de Jésus par des mages venus d’Orient est rapporté avec flou par l’évangéliste Matthieu. Au cours des siècles, la tradition a enrichi le récit, comme le décrit Michel Bourdeau avant d’aller déguster le gâteau des rois.

Comme de coutume l’Épiphanie, dont la date est fixée au 6 janvier, se fête dans l’Église de France le deuxième dimanche après Noël. Lors de ces célébrations dominicales, Matthieu – seul évangéliste à relater cet épisode – nous parle de « mages venus d’Orient » sans nous en indiquer l’origine exacte, sans nous en donner ni le nombre, ni les noms, ni leur statut. Il n’est précis que sur le contenu des coffrets qu’ils apportent en présent à Jésus.

Au début du IIIe siècle, un récit leur attribue la qualité de rois ; un peu plus tard, leur nombre est fixé à trois ; puis autour du VIe siècle, un nom leur est attribué. Un texte du VIIIe dresse leur portrait et explicite leur provenance : Melchior, venu de Perse, porteur d’or pour honorer le « Roi des Juifs » ; Gaspard, originaire de l’Inde avec l’encens pour célébrer le « Dieu fait homme » ; Balthazar d’Arabie, présentant la myrrhe dont on embaumait les morts pour signifier la nature « humaine et mortelle » de Jésus.

Melchior est décrit comme un vieillard aux cheveux blancs et à la longue barbe ; Gaspard jeune imberbe à la peau rouge ; Balthazar, homme mûr portant barbe rousse sur visage noir ! Leurs représentations aux trois âges de la vie, comme leurs origines dans les trois continents alors connus, cherchent à témoigner de l’humanité de Jésus et de l’universalité de son message, puis du christianisme…

Et aujourd’hui, quel sens revêt pour nous l’Épiphanie ? 

Partageons la réflexion de Jesús Asurmendi qui a écrit sur l’Épiphanie qu’elle était : 

« confirmation que la foi chrétienne est structurellement ouverte à l’autre :
ce sont les bergers, considérés à l’époque comme des voleurs,
et les Mages, des étrangers, qui, les premiers, ont accueilli Jésus.
Symbole du renversement des valeurs apporté par le Christ ».

Et si pour nos contemporains l’Épiphanie ne conduisait qu’à la boulangerie-pâtisserie ?
Enfant, j’étais intrigué par les mages de la crèche : admiration mêlée de frayeur. J’étais plus émerveillé par le « gâteau des rois », cette brioche bordelaise en forme de couronne, incrustée de sucre cristallisé sur le dessus. Mes cousins de Paris partageaient la « galette des rois », feuilletée, fourrée de frangipane. La bataille entre ces deux pâtisseries est aussi picrocholine que celle qui oppose chocolatine et pain au chocolat ! Quoi qu’il en soit, prenons en compte les difficultés rencontrées cette année par les artisans de la boulangerie-pâtisserie.

Joie de « tirer les rois » : caché sous la table le plus jeune enfant de la famille claironne les prénoms des convives qui, tour à tour, reçoivent une part du gâteau ou de la galette. Parfois, une part est réservée à un hypothétique « pauvre » ; généralement, elle finit dans la bouche du plus gourmand !
Qui trouve la fève devient « roi » ou « reine ».

La galette offerte à l’Élysée chaque année par la Confédération des artisans boulangers-pâtissiers ne contient pas de fève afin que le président de la République ne puisse pas être couronné comme un roi. Ainsi la République est sauve et avec elle la laïcité, tant est tue l’adoration du Nouveau-né !

Michel Bourdeau

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