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Partager l’Évangile : Mission ou démission ?

Quelques résonances personnelles à partir du débat très riche, rassemblant Agnès Charlemagne, Benoist de Sinety, Bernard Michollet, Raphaël Cornu-Thénard ; animation par Laurent Grzybowski. Des mots qui parlent : dialogue, écoute, rencontre, proximité, questionnement, fragilité…

Partager la Parole ?

La réponse à la question ne se réduit pas à un problème de statistiques ou de techniques publicitaires. Pour les croyants en Dieu comme pour les non-croyants, il s’agit de vrais rendez-vous d’humanité, personnels ou collectifs.

Rien à voir avec la caricature du missionnaire barbu au casque colonial qui, avec plus ou moins de fraternité, imposait un message étranger à la culture et la spiritualité de ceux auxquels il s’adressait ! Partager l’Évangile aujourd’hui ne peut se faire n’importe comment. « L’Église, dans sa structure institutionnelle et dans sa puissance passée est à terre… Parler de Dieu est difficile, voire suspect ».

L’annonce de l’Évangile est vécue très différemment. Pour certains il est « prétentieux de vouloir partager la Parole. La finalité ne nous appartient pas, mais à Dieu. » D’autres ajoutent que «  la mission est fragile, comme la Parole est fragile, comme nous sommes fragiles ». Comment honorer cette fragilité intrinsèque à la proposition chrétienne ? Des communautés contestent la stratégie de l’enfouissement discret pour vanter l’interpellation directe : « Pour moi, l’évangélisation dans la rue est un service incontournable de l’Église … Il faut partager explicitement la foi en Dieu qui console et guérit … Tout spécialement à nos contemporains, nombreux en quête de sens, de relation et de reconnaissance ».

À commencer par les plus jeunes dont les attentes et les questions déstabilisent et invitent à quitter nos certitudes ou nos discours tout faits. Avant de parler, se « mettre à leur écoute comme le fit il y a 2000 ans un inconnu, un soir sur le chemin d’Emmaüs : « De quoi parliez-vous en chemin » ? Cette fraternelle curiosité change l’esprit de la mission. Il s’agit moins d’apporter des réponses préexistantes que d’écouter, d’aider les marcheurs de la vie à formuler et approfondir les questions qui les habitent.

Les participants au débat

Une démarche de relation

Alors apparurent des mots : Fragilité. Relation : « La chair humaine n’est-elle pas relationnelle » ? Témoigner « à chaud ou à froid » ? La mission « par capillarité en fonction des rencontres », ou plus directement en provoquant celles-ci ? « Je n’ai pas le choix, je ne peux me taire ; je dois partager le message évangélique comme le fait l’Église depuis 2000 ans, même en dehors de ses murs ». Il y aurait-il un « devoir d’état missionnaire pour tout chrétien » ? C’est Dieu qui est missionnaire. « Notre tâche n’est-elle pas d’abord de faire vivre autour de nous des liens de profonde qualité humaine à partir desquels l’Esprit travaillera, à sa manière ?

Lors de ce débat, de grandes différences sont apparues dans les modalités de la mission, certains étant choqués par les méthodes d’interpellation directe et insistante, sur la voie publique ou dans des lieux incongrus. Quelle est la place faite à la liberté ?

Cependant chacun des intervenants se sentait lui-même questionné. « Quel est le message que je souhaite transmettre ? Quelle est la Bonne Nouvelle à laquelle je crois, ou tente de croire ? Pourquoi serais-je obligé de la partager ? Quelle est la place que je laisse à l’autre dans cette démarche d’annonce ? » Est-il d’abord une personne que je dois convaincre ou une personne qu’il me faut rencontrer, écouter, dans toute sa complexité et son étrangeté ? Selon les réponses, des « modèles » d’Église différents peuvent surgir, des actes de foi très divers, voire étrangers les uns aux autres, peuvent apparaître.

Si le « geste missionnaire » n’est pas neutre, il est clair qu’en tentant de répondre à ces questions de fond, les quatre débatteurs devenaient alors « missionnaires » vis-à-vis de nous qui écoutions et réagissions.

Des missions

Des acteurs très différents, voire imprévisibles, apparurent : présence affectueuse de la grand-mère mettant un cierge dans une église ; petite communauté invitant des tiers inconnus à un repas convivial ; usage de l’Internet et des contacts qu’il permet ; moment brutal de transformation comme l’a vécu Paul de Tarse sur la route de Damas ; adolescents sceptiques affirmant que « Dieu est fatigué et parfois fatigant » ; rencontre non prévue dans le métro ou sur le trottoir ; organisation de vraies « marches missionnaires » dans les rues … Etc.

En tous cas au cours de ce débat, l’heure n’était sûrement pas à la démission. Plutôt à l’accueil « des missions » sous des formes diverses, parfois inattendues, agaçantes pour certains, indispensables pour d’autres. Une certitude partagée : attention aux missionnaires « professionnels » qui assènent un message sans prendre le temps ni les moyens de l’écoute. Un débat à poursuivre, dans la confiance.

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Guy Aurenche

Avocat honoraire, membre de la Commission Droits de l’homme de Pax Christi, ancien président de l’ACAT et du CCFD-Terre solidaire. À lire de Guy Aurenche : « Droits humains, n’oublions pas notre idéal commun ! », éd. Temps présent, 2018.

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