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Vincennes : coup de cœur, coup de gueule

Arte a diffusé deux semaines de suite une mini-série de Benjamin Charbit et Dominique Baumard, disponible sur Arte.tv, dont le sujet est le Centre universitaire expérimental de Vincennes (1969-1980). Son titre : « Camarades ». Situé au cœur du bois de Vincennes, à deux pas du château et du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine, ce Centre a été détruit en août 1980, sans tambours ni trompettes, à coup de boules géantes et de bulldozers. Ses 28 000 étudiants ont été transportés à Saint-Denis dans les locaux d’un IUT et quelques baraquements. C’est aujourd’hui l’Université de « Paris 8 – Vincennes à Saint-Denis ». Télérama du 16 et du 30 septembre consacre à cette mini série deux longs articles. Dans le second, la journaliste Marie Telling a enquêté auprès de quelques anciens étudiants. « Ils n’ont pas tous été conquis » écrit-elle. C’est pour moi un euphémisme. J’y ai enseigné de 1970 à 2000 et je suis atterré et meurtri.

L’acharnement avec lequel les pouvoirs publics (la ministre Saunier-Seïté et le maire de Paris Jacques Chirac) ont tenu à effacer la mémoire de ce lieu en rasant les bâtiments et toute végétation pour y planter un panneau « Réhabilitation du bois de Vincennes », n’a d’égal que la façon dont le film enterre, une seconde fois, ce lieu de mémoire sous la caricature et la rigolade. Quelqu’un a dit : « C’est même pas faux ! ».

Une université ouverte aux non-bacheliers et aux salariés avec ses cours jusqu’à 22 heures, et ouverte aux étrangers dont plusieurs réfugiés politiques. Que diront-ils aujourd’hui, aux quatre coins du monde, ceux avec lesquels j’ai encore des relations (aux États-Unis, à Sao Paulo au Brésil, à Berlin, à Irkoutsk en Russie, à Alger, à Tunis, au Burkina Faso avec l’Atelier Théâtre burkinabé, etc.) ? Une université à la fois université populaire et école des hautes études où l’on enseigne le cinéma, la psychanalyse, l’urbanisme, …, à côté des disciplines traditionnelles qui sont renouvelées, et où l’on offre des cours de « Français langue étrangère » aux travailleurs du nettoyage. Et pourquoi ridiculiser son président, Pierre Merlin, polytechnicien, éminent urbaniste, mort en février dernier, que l’on voit truquer les résultats des examens au profit de la prostituée du bois de Vincennes dont il a le béguin ?

Un ami, ancien étudiant de Vincennes, aujourd’hui romancier, me disait en guise de consolation : « Tu sais, les films de la télé, ça passe, les livres, ça reste. » Il reste, en effet, des livres dont celui de François Dosse : Vincennes, Heurs et malheurs de l’université de tous les possibles, Payot, 2024, 320 pages, 22 €. et d’autres encore comme ceux de Guy Berger, Charles Soulié, Michel Debeauvais… pour rétablir la vérité blessée.

Jean Verrier

Professeur émérite de l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, département de littérature française, 1970-2000. Membre depuis 1981 du CPHB devenu le Centre pastoral Saint-Merry puis Saint-Merry Hors-les-Murs.

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