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N’oublions pas Marie dans l’épisode de Noël

La naissance de l’enfant Jésus nous conduit souvent à oublier la place essentielle qu’ont tenue Marie et Joseph dans cette naissance.

Jésus est né, c’est ce que nous célébrons, les uns pour fêter nos enfants et petits-enfants en nous réjouissant de leur bonheur devant la multiplicité des cadeaux qui leur sont offerts, les autres pour se retrouver en famille, d’autres pour célébrer la naissance du sauveur envoyé par Dieu.

C’est un temps de convivialité autour le plus souvent des enfants, notamment des tout-petits. Jésus était ce tout-petit, promis à un chemin de vie qui lui sera propre comme à chacun de nos enfants et petits-enfants. Pour le croyant, il est plus que chacun de ces enfants, puisqu’il est l’Emmanuel (Dieu avec nous) selon l’Ancien Testament. L’ange Gabriel a demandé que le nouveau-né soit appelé Jésus, c’est-à-dire Dieu sauve, un chemin de vie tout tracé, plus messianique que « Emmanuel », Dieu avec nous

Mais pourquoi se focaliser à Noël le plus souvent seulement sur cet enfant, alors que sans l’acceptation de Marie, cet enfant ne serait pas né ?

Revenons au récit de la nativité. L’évangile de Luc utilise le terme grec φάτνῃ, « phatnê », traduit en latin dans la Vulgate par praesepium, qui désigne l’étable à l’étage inférieur d’une maison Israélite ou en plein air dans sa cour (une famille de condition moyenne y abritant la nuit un âne, une vache ou quelques moutons), mais aussi la stalle d’une étable, le râtelier ou la mangeoire.

Saint François veut redonner vie à l’histoire sacrée de Bethléem, et crée la première crèche vivante, lors de la messe de minuit (un peu de paille, un bœuf, un âne…) ; la tradition de l’association de ces deux animaux remonte au livre d’Isaïe. François veut transmettre au peuple la joie de Noël : une atmosphère qui pacifie l’âme, où les cœurs s’ouvrent dans cette douce nuit, devant l’enfant endormi.

Le récit de la crèche, celui de l’adoration des bergers et des mages, développé par les évangiles apocryphes et amplifié par François fait mouche, même s’il s’inscrit dans le registre du merveilleux et de la théologie métaphorique, à la manière des récits d’enfance du monde judéo-hellénistique.

Ce que retiennent la plupart de nos contemporains, pourvu qu’ils donnent sens à cette nativité, c’est cette naissance merveilleuse, ce petit bout de chou si évocateur.

N’oublie-t-on pas Marie et Joseph ?

Marie, étonnée de cette apparition de l’ange Gabriel (une vision, ou un vis-à-vis réel, je ne sais), reçoit de Dieu la proposition de devenir mère porteuse de l’enfant, engendré par le Souffle de Dieu. En toute confiance envers son Dieu, elle répond, non sans avoir vérifié comment cela se pourrait puisqu’elle ne connait pas d’homme, je suis la servante du Seigneur.
C’est cette pleine confiance qu’il faut souligner, alors que fille mère elle devra se cacher vis-à-vis de sa communauté de Nazareth pour ne pas être lapidée. Elle ne peut en effet vivre chez Joseph tant qu’elle n’est pas mariée avec lui. Inconsciente Marie ou pleine de confiance envers son Seigneur ? Elle répond oui et puis ensuite, consciente me semble-t-il, elle gèrera toutes les lourdes difficultés qui vont alors surgir et elles seront nombreuses : sarcasmes des habitants de Nazareth face à ce fils détonnant et même ce fils qui lui rappelle que sa mission est bien plus importante que sa famille ; cela fait partie de son chemin.

Saint Joseph, photo Josh Applegate – Unsplash

N’oublie-t-on pas trop ce saut dans l’inconnu,
essentiel pour que le Dieu qui sauve, naisse et ressuscite !

Ne faut-il pas prendre recul avec ces représentations de Marie dans les crèches, les mains jointes pour la prière, devant son nouveau-né, alors qu’elle vient de vivre l’accouchement dans des conditions difficiles, à la fois étonnée de cette naissance, et mais sans doute aussi dubitative sur leur avenir réciproque. Ne faisons pas de Marie une jeune fille naïve ou désincarnée, mais lucide et croyante telle que le livre d’Anne Soupa et Sylvaine Landrivon la décrit [1]Marie, telle que vous ne l’avez jamais vue, de Anne Soupa et Sylvaine Landrivon, éditions Salvator, 2024.

Il en est de même pour Joseph qui assume le fait que Marie soit enceinte, et donc réprouvée par la communauté, qu’il soit « trompé » ; on attend de lui qu’il répudie Marie. En croyant en son Seigneur, il assume la situation et va rejoindre Marie là où elle s’est enfuie, pour protéger l’enfant et sa mère.

Dieu demande ainsi à Marie et Joseph, comme à chacune et chacun de nous, de le rendre présent auprès des autres hommes. Dieu a besoin de nous pour ce faire. C’est pour moi un message clé de cet évènement, Dieu nous appelle à répondre oui, à faire de nous son médiateur.

Notes

Notes
1 Marie, telle que vous ne l’avez jamais vue, de Anne Soupa et Sylvaine Landrivon, éditions Salvator, 2024
André Letowski

Expert en entrepreneuriat, en tant qu’analyste et intervenant conseil, notamment auprès de petites entreprises, l’auteur s’est aussi investi dans le champ culturel (voyages, théâtre…), dans des associations à caractère religieux, s’interrogeant sur la façon concrète de vivre du Christ au sein de notre monde contemporain. Le recul apporté par la sociologie des organisations lui est précieuse pour aborder la question de la gouvernance et des pouvoirs.

  1. Combe says:

    Jésus est certainement né à Nazareth dans le lit de sa mere exilée par sa famille.
    Car Marie était de la famille du prêtre zachatie donc habitante de Jérusalem et environ.
    Enceinte de qui ? Les auteurs évangéliques sont bien embarrassés pour repondre d’autant que ces récits remontent à 90. Au moment où se forment les premières communautés. Alors on enjolive !

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