Guy Aurenche nous partage quelques échos du livre « La cause du Christ, L’Évangile contre l’identité chrétienne », par Benoist de Sinety (éditions Grasset, Paris 2026), livre qui éclairera l’un des débats de notre rentrée ; un essai qui ambitionne de défendre la cause du Christ face à son instrumentalisation politique et au glissement identitaire de certains catholiques, en France et ailleurs.

Existe-t-il une cause plus vivifiante et plus exigeante à plaider que la « cause du Christ » ? Benoist de Sinety, curé à Lille, est un « avocat » à la fois clair et engagé. Son livre constitue une source féconde, à laquelle puiser en ces temps troublés et troublants. Avec une stimulante colère, il dénonce les manipulations et les déformations dont l’Évangile fait l’objet de la part de personnes et de mouvements qui le transforment en idéologie au service de la glorification d’un certain passé et de la défense du seul souci de l’ordre.

De lecture aisée, cet ouvrage peut intéresser croyants ou non-croyants en Dieu. L’auteur souhaite prioritairement aider les jeunes (et pas qu’eux), à « trouver un soutien dans leur quête de sens dans un monde qui semble ne plus en avoir ». Mais il n’accepte pas n’importe quelle démarche : il refuse celle d’un christianisme déformé par l’affirmation identitaire qu’imposent certains courants politico-religieux. Il n’est pas question de juger les personnes ni leur chemin de foi. Plutôt de critiquer une manipulation de l’élan chrétien. « Ne cherchons pas le Christ dans les discours de haine ou de replis identitaires » écrit l’auteur qui rejette la falsification de la pensée chrétienne. « Le bulldozer identitaire en profite… Et fait appel davantage aux peurs qu’à l’intelligence ». Ces acteurs politiques français ou « milliardaires engagés dans une croisade », prétendent refaire chrétienne la France ; ils vident le christianisme de la vigueur exigeante de Jésus de Nazareth. De tels courants désignent des boucs-émissaires, appellent à la haine contre la culture musulmane, au rejet de l’étranger et à la division. « De Moscou à Washington, de Budapest à Buenos Aires, (sans oublier les manipulateurs français), une même tragédie se déploie : l’instrumentalisation du christianisme au service de projets politiques qui contredisent frontalement l’Évangile ».

 Benoist de Sinéty nous partage aussi ses convictions : on n’est pas chrétien, « on le devient » ; la parole de Jésus rappelle que sa royauté n’est pas d’ici. Le rendez-vous chrétien est celui de la fraternité.

Photo Dim Hou sur Unsplash

Dieu veut le salut de tous les hommes. Nous avons cru que le « Progrès » résoudrait tous les problèmes. Nous nous sommes trompés. Contrairement à ce que certains milliardaires affirment, « l’Église n’est pas une entreprise capitaliste libérale ». Il convient de replacer le « pauvre » au cœur de l’annonce de l’Évangile et la vulnérabilité comme une valeur essentielle. La foi rappelle que l’homme a besoin d’horizon. Nos valeurs républicaines ne sont pas tombées du ciel. Elles portent les reflets, l’empreinte du christianisme au cœur d’une histoire chamboulée et marquée par la diversité.

L’auteur ne craint pas une certaine radicalité, celle de la quête des racines évangéliques : chercher à suivre Jésus. Vivre différemment dans un cadre légal qui s’impose à tous, sans céder à la logique du « tout-maitrisé ». Sans faire de bruit, … ni craindre la colère ; celle qui proteste contre l’injustice faite à l’autre et qui nie sa dignité. « Transformer le monde, c’est accepter d’être témoins de tendresse, être vulnérables, … Dieu vient habiter notre vulnérabilité ». Benoist de Sinéty ajoute : « Christ, … est là où l’on panse les plaies, là où l’on accueille l’étranger, là où l’on ose la réconciliation quand tout pousse à la guerre. Il est dans cette main tendue qui, à elle seule, renverse les idoles de la force ».

L’auteur aime la Lettre à Diognète, écrit anonyme du II -ème siècle : « Les chrétiens ne sont pas distingués du reste du monde ni par leur pays, ni par leur langage, ni par leur manière de vivre, … les chrétiens sont dans le monde ce que l’âme est dans le corps ».

Une telle invitation se révèle très actuelle, et le livre peut contribuer à aider les membres de Saint Merry Hors les Murs à répondre à cette invitation, lorsqu’il leur faudra, non pas répéter le passé, mais être pleinement au rendez-vous du partage de la Bonne Nouvelle, dans le cadre de leur situation originale à inventer.

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Guy Aurenche

Avocat honoraire, membre de la Commission Droits de l’homme de Pax Christi, ancien président de l’ACAT et du CCFD-Terre solidaire. À lire de Guy Aurenche : « Droits humains, n’oublions pas notre idéal commun ! », éd. Temps présent, 2018.

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