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Former un peuple, est-ce l’objectif de Jésus ?

Une formule, pourtant très traditionnelle, lancée dimanche lors de la célébration, m’a heurté. J’ai entendu que nous étions « invités, parce que nous avons part au même pain à former un même corps, c’est-à-dire à constituer le peuple de Dieu. »
Je butte sur cette affirmation, très traditionnelle pourtant. Je ne rêve pas de participer à la constitution d’un peuple de Dieu !

Je ne crois pas que Jésus nous ait appelés à constituer un peuple.
Lui-même membre du peuple juif, né à l’intérieur de la religion juive et pratiquant son judaïsme, n’apparaît fondateur de rien.
Il propose une façon de vivre renouvelée, inspirée, proposée à ceux de son peuple. La rencontre avec une femme extérieure à son pays, une Syro-Phénicienne, fait exploser ses limites, il sort du cadre juif… il est là pour tous ! « Allez par le monde entier » !

Il se découvre la mission de libérer tout le monde, tous les humains… pas seulement ceux de son peuple, libérer de ce qui entrave, inviter à se mettre debout, à ne se laisser enfermer ni en soi-même, ni dans le légalisme, ni dans des frontières, ni dans des appartenances.

Photo Miles Peacock par Unsplash

À partir de son enracinement très localisé, daté, Il participe à la fécondation du monde, à la richesse de l’humanité, et cela jusqu’à nos jours. Il propose à chacun de faire de même.
À travers tout ce que je crois savoir de Jésus, à aucun moment me semble-t-il, il n’appelle à constituer un grand rassemblement. « Constituer un peuple », n’est-ce pas un horizon différent de ce qu’il souhaite nous inviter à vivre ? Veut-il regrouper des gens et les conforter dans une appartenance ? Ou ambitionne-t-il de semer des graines de vie qui vont féconder à tous vents notre univers de femmes et d’hommes ?

Bien sûr, le désir de se rassembler se comprend. Il est presque instinctif. Et il est nécessaire de se retrouver régulièrement pour partager la parole et le pain et se rendre présent à Jésus et aux autres. Cela engendre les rassemblements en petites communautés, puis en églises, puis dans l’Église dite universelle.

À la racine de l’invitation à constituer un peuple de disciples, il y a, particulièrement me semble-t-il, Paul, l’apôtre : de façon très forte et imagée, il exprime que les croyants, tous ensemble, forment un seul corps. Et cette image du corps va s’élargir en présentant tous les disciples de Christ comme un seul peuple, une seule Église, peuple des missionnaires, peuple des élus.

Cette vision quasi mystique ouvre des chemins pleins de dangers : risque identitaire, risque de superbe isolement, risque d’esprit de conquête, risque de supériorité et de domination, risque d’écrasement des plus faibles.

N’est-ce pas en parlant de « peuple », et qui plus est en se disant « peuple de Dieu », en vivant la fierté d’y appartenir, qu’on se dirige vers l’opposition des peuples, des religions, des hommes entre eux ? Les grandes tentations vécues par Jésus au désert ne semblent pas loin !

Photo Assemblée Générale 2026 de Saint Merry Hors les Murs
par Anne-Claire Carraz

Mais en fait, si peuple de Dieu il y a, n’est-ce pas uniquement le monde tout entier en marche, l’immense multitude des humains approfondissant leur humanité, reconnaissant la dignité inaliénable de chaque personne humaine, et permettant à un nombre toujours plus grand de personnes d’accéder à une façon plus respectueuse, plus digne, de vivre, d’être femmes et hommes pleinement ?

Je crois que le monde, rêvé par Jésus et les innombrables sages fécondant l’histoire de notre planète, s’humanise un peu plus chaque jour, chaque fois qu’une personne accède à plus de conscience, plus de liberté intérieure, plus d’autonomie, et ce, malgré toutes les dérives et abominations de toutes sortes, les retours en arrière…

Avec Jésus, avec tous les passionnés de l’humain de par le monde, ce sont des femmes, des hommes, des enfants de tous horizons, de toutes religions ou sans religions qui avancent…
En reprenant des mots de Jésus, bien que datés, ne voit-on pas arriver ce qu’il appelle « le royaume de Dieu ».

Photo Paul Zoetemeijer par Unsplash

Regardez, il est là au milieu de vous !

Jean-Luc Lecat

Ordonné prêtre en 1964, professeur de philo pendant huit ans, dix ans vicaire en banlieue et simultanément au travail trois ans à l’hôpital APHP Hôpitaux de Paris, puis marié, non "réduit à l’état laïc ", et vingt ans responsable de formation du personnel ouvrier à l'APHP. Retraité, père et grand-père, il participe depuis plus de 40 ans à la communauté de Saint-Merry.

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