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Pour les enfants de Catherine, la vie a du sens

Dans les réunions de l’atelier familles qui est actif depuis le synode sur la famille de 2014, Catherine Goguel a souvent évoqué le vécu de ses enfants, petits-enfants et gendres, représentatifs de la diversité des familles, qui au travers des aléas de la vie des couples, gardent entre tous des liens chaleureux et bien vécus. Nous avons voulu partager son témoignage de vie et André Letowski a interviewé Catherine sur sa perception du vécu de sa famille.

Catherine, membre du CPHB depuis la création de l’expérience pastorale de Saint-Merry (actuellement membre de l’atelier familles), a 3 filles, 5 petits-enfants et 2 de familles recomposées, ce qui n’empêche nullement les liens avec les « anciens » gendres. Catherine, directeur de recherche au CNRS, dans un poste atypique conjuguant recherche et musée, spécialiste des dessins italiens du 16ème siècle, poursuit, quoiqu’en retraite, cette activité passionnante en appuyant de jeunes chercheurs, en s’investissant dans l’écriture d’articles, des contacts d’experts, tout cela dans une préoccupation évidente de service. Son mari, hématologiste reconnu, et professeur de fac, exclusivement engagé au service du « public », provient d’une famille protestante dont les aïeuls ont été fondateurs du Temple des Batignolles et doyen de la faculté de théologie de Paris ; ce qui rend Catherine très sensible au milieu protestant. De son côté familial, l’importance a été portée bien plus sur les sciences et la culture que sur la religion.
Sa participation à l’ACI (Action Catholique Indépendante) a été un moment essentiel de formation et d’approfondissement de sa foi, où vécus professionnels et familiaux se confrontent au sein d’un collectif en recherche ; une expérience qui lui manque pour partie à Saint-Merry.

« Notre famille, telle qu’elle est, se vit comme très importante pour les unes et les autres. Se retrouver à Noël et à l’occasion d’autres fêtes, est un must, occasion aussi de fêter cela de manière fort conviviale (tant dans le partage que dans les bons repas). L’un ou l’autre des ados, réticents à certaines périodes, y reviennent. Deux familles recomposées, bien intégrées, avec la conscience que ce qui importe c’est de sauvegarder cette complicité et qu’aucun jugement n’altère la dynamique des relations. Les gendres divorcés ont pour leur part reconstruit un autre couple. Une approche pragmatique de cette génération, pas hypnotisée par la famille telle qu’on la concevait hier, mais ouverte sur ce qui est, alors que la nôtre était focalisée sur l’idéal à atteindre dans sa vie. »

Toutes, tous vivent une spiritualité évangélique, sans pratique religieuse

Les engagements professionnels d’une des filles pour faire apprécier la musique par les tout-petits (abandonnant le bénéfice des études à Sciences Po) ; une autre fille, architecte, est au service de la Régie municipale des eaux, en recherche de plus d’équité pour les consommateurs ; ceux encore de la petite-fille et de son conjoint, anthropologues, parcourant la France en caravane pour travailler sur le lien de l’homme avec la nature et les animaux ; le gendre engagé dans des spectacles de rue ; ceux encore de cet autre petit-fils, parti terminer sa scolarité secondaire dans un lycée international au Swaziland (brassage d’ethnies et de cultures inscrites dans un projet anti-apartheid) ; cet autre en formation de preneur de son, en attente pour travailler du fait de la Covid, initiateur d’une fanfare avec les copains d’études. Autant d’implications fortes, témoins d’une vie en abondance. J’ai vraiment envie de les remercier pour ces expériences de vie inattendues, fructueuses, qui s’opposent à une attitude consumériste, manifestant une incessante capacité de rebondir ; des ambitions mises au service des autres.

Alors quid de la pratique religieuse ?

Un retrait fondé sur l’inacceptable hypocrisie de certains membres du clergé, notamment pour ma famille protestante pour qui la droiture est essentielle (le secret : cacher le fait que des prêtres ont une compagne, qui plus est malmenée, devant se taire sur cet amour, tout comme est secrète la pédophilie…). Le fait encore d’exigences élaborées à partir d’un corpus doctrinal, qui ne tient nullement compte des personnes et de leurs vécus. Le fait de rituels qui ne parlent pas. Le fait aussi d’un cléricalisme peu respectueux de la place des laïcs, souvent très engagés dans la transformation de la société, voire de l’Église.

Et pourtant, les unes et les autres n’ont rien contre la religion. Je me sens même leur représentante quand je participe à un culte, cela fait partie de mon job, non celui de la grand-mère bigote, mais la représentante de la famille. Mieux, ils n’hésitent pas à m’accompagner à tel office quand nous nous retrouvons lors d’une fête. Toute ma famille a été profondément touchée lors des obsèques d’Alain mon mari. Toutes et tous étaient là ; il fallait concilier les rites catholique et protestant, et tenir compte des convictions laïques d’un gendre. Daniel, le prêtre officiant arrive en aube ; l’ami protestant, chargé de concélébrer, a sa robe dans son sac. Entendant l’inquiétude du gendre « laïc », Daniel retire son aube, l’ami protestant ne revêt pas sa robe et la célébration se déroule, eux portés par cette écoute et un temps de profond partage. Un moment très fort qui a renforcé les liens entre les uns et les autres.

Alors pourquoi Catherine s’est-elle impliquée dans l’atelier familles ?

Parce que François a donné la parole aux chrétiens (sans être évêques) lors du synode sur la famille, pour qu’ils disent les réalités de notre monde actuel, qu’il faut écouter tel qu’il est. Il fallait saisir cette possibilité de témoigner de la façon dont toutes et tous vivons notre recherche d’humanité et de foi, pratiquants ou simplement adeptes des valeurs proposées dans les Évangiles.

Catherine Goguel et André Letowski

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