Une fois encore, au cours d’une visite pastorale dans deux pays européens, la Hongrie et la Slovaquie, le pape François se révèle un fervent partisan de la construction européenne. Né en Argentine dans une famille d’origine italienne, François est aussi porteur des valeurs qui fondent la culture européenne. C’est dans « ce vieux continent » qu’il a trouvé un modèle dont il a choisi de porter le nom : François d’Assise.

Au terme d’un voyage de quatre jours, en Hongrie et en Slovaquie, dans l’avion qui le ramenait à Rome le mercredi 15 septembre, le pape a déclaré que l’Union européenne ne devait pas devenir un « bureau de gestion » mais revenir à ses origines « spirituelles ». En évoquant Robert Schuman et Konrad Adenauer, il a encouragé les européens à revenir aux « rêves des grands fondateurs de l’Union européenne ». Bien qu’en raison de la pandémie, ses voyages ont été interrompus de novembre 2019 à mars 2021, depuis le début de son pontificat François a visité 32 pays dont 18 en Europe parmi lesquels 12 membres de l’Union européenne plus une visite au Parlement européen à Strasbourg. Chaque fois il a repris sa vision d’une Église « hôpital de campagne » comme à Brastislava en Slovaquie en rappelant qu’elle ne devait être ni « une forteresse » ni « un château situé en hauteur qui regarderait le monde avec distance ». Il a invité les catholiques d’Europe à ne pas se « retrancher dans un catholicisme défensif », mais à faire preuve de « liberté » et de « créativité ».

Passé inaperçu juste avant l’été, le pape avait justement élevé Robert Schuman au rang de « vénérable ». Au-delà de son caractère qui peut paraître désuet, cette distinction marque la reconnaissance pour l’œuvre d’un des pères fondateurs de la construction européenne. Né Allemand au Luxembourg puis devenu Français après la première guerre mondiale, Robert Schuman a été un artisan de la réconciliation franco-allemande après la seconde guerre. Catholique revendiqué, allant tous les jours à la messe, il affirmait que la construction européenne était d’essence « profane ». C’est peut-être avec cet argument que Jacques Chirac a obtenu en 2004, dans le projet de préambule de la Constitution européenne, le retrait de la référence aux « racines chrétiennes de l’Europe ». Pape allemand, Benoît XVI tenait au contraire à s‘y référer. François, en raison de son appel à l’accueil des migrants, a rappelé que « l’identité européenne est, et a toujours été, une identité dynamique et multiculturelle ». Reste à éviter que la figure de Robert Schuman ne soit récupérée par des défenseurs d’une Europe conservatrice et chrétienne tel Viktor Orbán, premier ministre de Hongrie.

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Le Pape François au Parlement européen le 25 nov 2014.  © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Promouvoir des Européens dans la gouvernance de l’Église

Au sein même de la gouvernance de l’Église, le pape vient de faire, le 8 juillet, un choix européen en nommant le cardinal luxembourgeois Jean-Claude Hollerich rapporteur général du Synode qui s’ouvrira en octobre prochain. Ce cardinal préside la Commission des Épiscopats de l’Union Européenne (COMECE) qui comporte un évêque de chacun des pays membres de l’Union européenne. Intitulé « Pour une Église synodale : communion, participation et mission » le Synode doit redéfinir les modes de gouvernance et d’autorité dans l’Église en associant les catholiques du monde entier. Jésuite comme le pape, le cardinal Hollerich est décrit comme un homme d’ouverture et de grande culture, ayant vécu au Japon où il a étudié la langue et exercé les fonctions de vice-recteur de l’université jésuite de Tokyo.

Déjà, en février, le pape avait nommé la religieuse Nathalie Becquart au secrétariat du Synode des évêques. Cette Française devient la première femme à obtenir le droit de vote dans cette instance de la Curie romaine.

Depuis le début de son pontificat, plusieurs fois François en a appelé aux valeurs qui sous-tendent la construction européenne. En novembre 2014, devant le Parlement européen, il a développé les thèmes qui lui sont chers :  l’immigration, la protection de l’environnement, la démocratie et la défense des droits de l’homme… Il a souligné que le Parlement a la responsabilité de « maintenir vivante la démocratie des peuples d’Europe ». Sur la question des flux migratoires, il a déclaré : « On ne peut tolérer que la Mer Méditerranéenne devienne un grand cimetière ! ».
Plus récemment, le 22 octobre 2020, à l’occasion du 40ème anniversaire de la COMECE, le pape mentionnait dans une lettre : « Je rêve d’une Europe amie de la personne et des personnes. Une terre où la dignité de chacun soit respectée, où la personne soit une valeur en soi et non l’objet d’un calcul économique ou un bien commercial […] Je rêve d’une Europe solidaire et généreuse […] Je rêve d’une Europe sainement laïque, où Dieu et César soient distincts mais pas opposés ».
Depuis quand ces rêves européens occupent-ils l’esprit du pape ? Ne sont-ils pas d’abord ceux du jeune Jorge Mario Bergoglio ? Le pape évoque de temps à autre ses origines italiennes. Son père venu du Piémont italien pour se réfugier en Argentine. Sa mère née en Argentine de parents italiens immigrés venant de Ligurie.
Plus intime, peut-on déceler un européanisme dans le choix par le pape du nom de François en référence à saint François d’Assise, lui même italien de mère française le faisant baptiser Giovanni, mais auquel son père souhaite lui donner le prénom Francesco signifiant Français ! Plus que ces considérations anthroponymiques, le choix du pape se réfère aux valeurs attribuées à François d’Assise : simplicité, amour des pauvres, respect de l’écologie, esprit d’ouverture, dialogue inter-religieux… Certains vaticanistes ajoutent une référence à saint François Xavier, l’un des fondateurs de la Compagnie de Jésus. Ces jésuites ont été honorés le 13 mars 2013 par l’élection pour la première fois de l’un d’entre eux : Jorge Mario Bergoglio, pape François, pro-européen, italo-argentin comme le célèbre pilote automobile Fangio !

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