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Le bien ne fait pas de bruit

Si les romans de Stefan Zweig ont fait sa célébrité, ses carnets de « Voyages » touchent par sa volonté de comprendre ce qui fait tourner le monde et pourquoi il tourne si mal alors qu’admirer avec sincérité le bien qui se fait sans bruit rend l’homme meilleur… Un extrait choisi par Marie-Odile Barbier-Bouvet

«Regarde-les donc bien ces apatrides, 
toi qui as la chance de savoir où sont ta maison et ton pays, toi qui à ton retour de voyage trouves ta chambre et ton lit prêts, qui as autour de toi les livres que tu aimes et les ustensiles auxquels tu es habitué. 

Regarde-les bien, ces déracinés, 
toi qui as la chance de savoir de quoi tu vis et pour qui, afin de comprendre avec humilité à quel point le hasard t’a favorisé par rapport aux autres. 

Regarde-les bien, ces hommes entassés à l’arrière du bateau et va vers eux, parle-leur, car cette simple démarche, aller vers eux, est déjà une consolation ; et tandis que tu leur adresses la parole dans leur langue, ils aspirent inconsciemment une bouffée de l’air de leur pays natal et leurs yeux s’éclairent et deviennent éloquents. 

Telle est bien en effet notre nature : tout le mal qui a lieu ici-bas, nous en sommes informés.
Chaque matin, le journal nous lance en pleine figure son lot de guerres, de meurtres et de crimes, la folie de la politique encombre nos pensées, mais le bien qui se fait sans bruit, la plupart du temps nous n’en savons rien. Or cela serait particulièrement nécessaire dans une époque comme la nôtre, car toute œuvre morale éveille en nous par son exemple les énergies véritablement précieuses, et chaque homme devient meilleur quand il est capable d’admirer avec sincérité ce qui est bien. »

Stefan Zweig, extrait de Voyages (1902-1939)

Photo Belinda Fewings sur Unsplash
Photo Belinda Fewings sur Unsplash
CategoriesSolidarité
  1. Marc Deschamps says:

    Quelle belle trouvaille que ce texte !
    L’Esprit nous le souffle aujourd’hui, via Marie-Odile Barbier-Bouvet que je, que nous remercions très chaleureusement tant il colle à notre actualité surtout après la visite de notre Pape en Grèce et les appels très forts qu’il a lancé en tançant les pays européens.
    Oui, merci, grand merci Stephan et Marie-Odile. Qu’en pensent nos communautés chrétiennes et nos église particulières. Je route ce texte vers la mienne… Et que l’Esprit souffle en ce temps de l’Avent où aplanir les montagnes pourraient se traduire par détruisons les murs !
    Fraternellement

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