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Un vrai mystique, Saâd Abssi

Mon ami Saâd Abssi est mort en décembre dernier. Un hommage lui a été rendu le 8 janvier à la mairie de Gennevilliers où il demeurait, en présence du maire, Patrice Leclerc, et de nombreuses personnalités.

Saâd Abssi avait créé en 1994, avec Michel Jondot, ancien curé de Sainte-Bathilde à Chatenay-Malabry puis responsable des relations avec l’islam pour le diocèse de Nanterre, et Mohammed Benali, l’association « Approches 92 » devenue « Mes-tissages, la Maison Islamo Chrétienne ». Juste après la création de l’association, Christine Fontaine les avait rejoints dans une cité de Villeneuve-la-Garenne où des ateliers de tissages rassemblent des femmes du quartier. Elle est aujourd’hui, après la mort de Michel Jondot, vice-présidente de l’association que préside Mohammed Benali. 
Plusieurs Saint-Merriens ont participé en 2010 à une grande manifestation islamo-chrétienne dans la mosquée de Gennevilliers En Nour qui avait été
inaugurée l’année précédente, et ils en ont gardé un très vif souvenir. 
Au cours de l’hommage du 8 janvier rendu à Saâd Abssi, Christine Fontaine est intervenue,
à la demande du maire, sur l’engagement interreligieux de Saâd.
Dans l’extrait ci-dessous elle montre les liens entre l’homme politique et le mystique. 

Saâd était un combattant, il était droit, véridique, pouvait s’emporter. Il n’admettait aucune compromission avec ce qui était pour lui le sens profond de l’islam. L’expression de musulman tolérant, en ce que la tolérance peut s’apparenter assez souvent à de l’indifférence respectueuse à l’égard des autres ou à une relativisation de sa propre religion, ne lui convient pas du tout. Il voulait être fidèle et aller jusqu’au bout de sa propre religion. Pour lui le sens profond de l’islam – la soumission à la volonté de Dieu – consistait à travailler pour rendre le monde plus juste et à collaborer avec toute personne partageant ce même désir, qu’elle soit ou non croyante.

« Plutôt que de se faire la guerre entre religions, disait Saâd, travaillons ensemble
à faire la volonté de Dieu. »

C’est à ce titre qu’avec Michel ils se sont implantés au cœur d’une des cités les plus difficiles, à l’époque, de la région. C’est dans ce combat pour la justice mené avec d’autres que s’accomplissait pour Saâd sa foi musulmane.
[…]
Que Saâd lutte pour arracher son pays à la colonisation française, qu’il travaille aux côtés des ouvriers de l’usine où il travaillait à Gennevilliers, qu’il dénonce avec force l’oppression dont sont victimes les Palestiniens ou qu’il aide les enfants d’une cité à faire leurs devoirs, son combat est tout entier porté par sa foi en Dieu, par sa foi musulmane. Il se sait convoqué par Dieu lui-même à ne pas accepter un monde où la volonté de puissance des uns plonge les autres dans l’esclavage ou la désespérance. Le combat politique de Saâd et son engagement interreligieux sont d’abord d’ordre mystique. C’est parce qu’il était un vrai mystique qu’il a été le politique que l’on connaît. C’est parce qu’il était mystique qu’il a su travailler avec des croyants d’autres religions chez qui il a reconnu le même désir, au nom de Dieu, que le sien.


On trouvera le texte intégral de l’intervention de Christine Fontaine sur le site 
http://www.dieumaintenant.com/hommageasaadabssi.html

Voir aussi le livre de Jean-Michel Cadiot :
Saâd Abssi, le combat pour la dignité. Entre FLN, mosquée et église, Riveneuve éditions, 2014


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Jean Verrier

Universitaire à la retraite (Paris 8, département de littérature, de 1970 à 2000). Membre du CPHB, devenu le Centre pastoral Saint-Merry, depuis 1981. Sept petits-enfants.

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