Dieu est-il de sexe masculin, comme l’affirment certains ecclésiastiques aujourd’hui encore ?
Petit florilège de textes sur la question dans la chronique d’Alain Cabantous.

Même après le salutaire édito de Blandine Ayoub sur ce site, il n’est pas inutile peut-être de revenir sur la sortie théologiquement poussiéreuse de l’abbé de Bellescize : « Dieu s’est fait homme, pas femme ». Et comme c’est la rentrée qu’il faut négocier en douceur avant la suite, je proposerai juste un petit florilège ecclésiastique du même tonneau d’eau bénite. Je n’ai retenu essentiellement que les affirmations qui mobilisent les Écritures et leur interprétation face à des sujets de société comme la supériorité masculine, le savoir ou la place de la femme dans le christianisme. Étant entendu qu’une fois pour toutes et le ci-devant ecclésiastique le confirme, sotto voce, Dieu est évidemment de sexe masculin… comme les servants d’autel.

Quelques morceaux choisis parmi tant d’autres à commencer par ce cher Tertullien (fin du IIe siècle) à l’adresse des femmes :

Hans Baldung Grien - Adam et Ève - Musée Thissen-Madrid
Hans Baldung Grien, Adam et Ève, huile sur bois, 1531, Musée Thyssen Bornemisza, Madrid.

C’est toi qui la première a déserté la loi divine, c’est toi qui a circonvenu celui auquel le diable n’a pas pu s’attaquer ; c’est toi qui es venue à bout si aisément de l’homme, l’image de Dieu.

Au regard de la Création, le Décret de Gratien (milieu du XIe siècle) précise un peu les choses s’il en était besoin :

Cette image de Dieu est dans l’homme, Adam, créé unique, source de tous les autres humains, ayant reçu de Dieu
le pouvoir de gouverner, comme son remplaçant,
parce qu’il est l’image d’un Dieu unique.
C’est pour cela que la femme n’est pas faite à l’image de Dieu.

À partir de cette affirmation, toute déviance de la part de l’autre « moitié du Ciel » est à craindre… pour l’homme. Le franciscain Alvaro Pelayo, au milieu du XIIIe siècle, affirme que :

La femme est ministre de l’idolâtrie car elle rend l’homme inique, en quoi, elle est comparable au vin qui provoque les mêmes effets. Lorsque l’on s’abandonne à la passion de la chair, on élève un temple à une idole et on délaisse le vrai Dieu pour des divinités diaboliques. Ainsi fit Salomon qui n’eut pas moins de quarante épouses et trois cents concubines. Au temps de ses dérèglements, il sacrifia aux idoles qu’elles adoraient. C’est son mauvais exemple que suivent les chrétiens lorsqu’ils s’accouplent avec des juives
ou des musulmanes. 

Richelieu, principal ministre de Louis XIII mais tout autant ministre de la sainte Église, impose dans son Testament politique cette double lecture, toujours en référence à l’exégèse traditionnelle :

Comme une femme a perdu le monde, rien n’est plus capable de nuire aux États que ce sexe, lorsque, prenant pied sur ceux qui les gouvernent, il les fait souvent mouvoir comme bon lui semble et mal ; les meilleures pensées des femmes étant presque toujours mauvaises en celles qui les conduisent
par leurs passions qui tiennent d’ordinaire lieu de raison
en leur esprit.

Affirmation qui renverra toutes proportions gardées, car n’est pas le grand cardinal qui veut, l’inoubliable remarque d’André Vingt-Trois en 2008 :

Le difficile, c’est d’avoir des femmes qui soient formées.
Le tout n’est pas d’avoir une jupe mais quelque chose
dans la tête.

On pourrait d’ailleurs inverser aisément le propos : « le tout n’est pas d’avoir un col romain ou une soutane… etc. ». Même si pour monseigneur Pie, évêque de Poitiers sous le Second Empire : « L’ordre naturel veut que l’homme enseigne et que la femme apprenne dans le silence et la soumission » appelant la première lettre à Timothée à la rescousse. Les servantes de l’assemblée
ont bien du souci à se faire.

Certes on pourra trouver d’autres textes vantant les louanges de la Femme par excellence (Marie pour ne pas la nommer). Et telle quelle, ma courte sélection est évidemment subjective mais pas que… Puisque c’est quand même le discours dominant des hommes pendant tant de siècles et que, dans ce domaine, les médecins, les écrivains, les philosophes ne furent pas en reste. Mais les seuls qui l’ont maintenu aujourd’hui plus insidieusement, restent les ordonnés de la Sainte Église ou bon nombre d’entre eux. S’abriter derrière des fragments théologiques plus ou moins bancals pour étayer son propos révèle à la fois une formation intellectuelle bien médiocre, une instrumentalisation des Écritures et une absence criante de contextualisation, péché mortel des historien-nes. C’est aussi un signe de faiblesse et de peur. Fâcheux penchant pour les mâles donneurs de leçon.

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Alain Cabantous

Historien, spécialiste de l'histoire sociale de la culture en Europe (17e-18e s.), professeur émérite (Paris 1 - Panthéon-Sorbonne et Institut Catholique de Paris). Dernières publications : Mutins de la mer. Rébellions maritimes et portuaires en Europe occidentale aux XVIIe et XVIIIe siècle, Paris, Cerf, 2022 ; Les tentations de la chair. Virginité et chasteté (16e-21e siècle), avec François Walter, Paris, Payot, 2019.

  1. Blandine AYOUB says:

    N’en jetez plus ! On sourit, mais c’est quand même effrayant.Sans vouloir mettre dans le même sac les bûchers de “sorcières” et les gaffes d’André Vingt-Trois, “l’autre moitié du ciel” – et j’espère également
    une bonne partie de l’autre – a vraiment hâte de sortir du Moyen-Age ecclésial.

  2. Geneviève Barthès says:

    Comme si l’homme avait besoin de la femme pour satisfaire son désir, ses pulsions sexuelles! N’importe quoi fait l’affaire, du canard à la chèvre, à la poupée gonflable, et bien entendu la prostituée…ou un autre homme…ou un jeune garçon- sans précision, mais non pas sans intention- No comment!

      1. Alain Cabantous says:

        parti trop vite !!! Lire: ” Ce n’était pas tout à fait la pointe de ma sélection de textes.
        Avec mes excuses.

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