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Dimanche 7 juin 2026. « Nous avons tous part à un seul pain »

En ce dimanche l’Église fête le « Saint Sacrement du corps et du sang du Christ ». Nous célébrons la Parole et la Vie que le Christ nous confie pour que nous les assimilions et les partagions.

Entrée en prière


J. KVARNSTROM – Le banquet (Amélie Poulain)

📖 Lecture de Paul aux Corinthiens (1 Co 10, 16-17)
Frères et sœurs, la coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain.

Accueil

Frères et sœurs, la coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain. (1 Co 10, 16-17)

C’est avec cette parole forte de Paul que nous avons choisi de commencer notre célébration.
Habitués ou participants occasionnels, bienvenue !

Ainsi rassemblés, nous sommes invités, parce que nous avons part au même pain à former un même corps, c’est-à-dire à constituer le peuple de Dieu

  • Avec tous ceux qui ce matin vont communier au pain et au vin
  • Avec ceux qui, comme nous, se rencontreront autour de la parole pour la partager.
  • Avec ceux qui persécutés dans leur pays, doivent dissimuler leur foi chrétienne, …avec les malades, … avec ceux qui vivent éloignés d’une église où l’on célèbre une messe, tous ces croyants qui ne peuvent en rejoindre d’autres.
  • Avec ceux qui restent ainsi sur leur faim et en manque de ce partage

Et si cette expérience du manque – de pauvreté nous dit l’Exode – si présente dans l’histoire du peuple de Dieu comme dans nos vies finalement, n’était pas seulement épreuve et privation, mais un espace d’attente, d’ouverture et d’espérance, comme un passage nécessaire pour recevoir pleinement la vie de Dieu ?

Puisque, quand 2 ou 3 sont réunis en son nom il est au milieu d’eux, accueillons maintenant joyeusement, librement la Parole qui nous est donnée, qu’elle soit nourriture, au nom du Père du Fils et de l’Esprit

Bénédicte

Raffaellino Del Garbo, Multiplication des pains et des poissons, Da S.m. Maddalena De’ Pazzi

📖 Lecture du Deutéronome (8, 2-3.14b-16a)
Moïse disait au peuple d’Israël : « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur : allais-tu garder ses commandements, oui ou non ? Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à manger la manne – cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue – pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. N’oublie pas le Seigneur ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage. C’est lui qui t’a fait traverser ce désert, vaste et terrifiant, pays des serpents brûlants et des scorpions, pays de la sécheresse et de la soif. C’est lui qui, pour toi, a fait jaillir l’eau de la roche la plus dure. C’est lui qui, dans le désert, t’a donné la manne – cette nourriture inconnue de tes pères. »

Résonance

Dans ce texte du Deutéronome j’ai été frappé par la phrase que prononce Moïse au peuple d’Israël : Il t’a fait passer par la pauvreté. Et la proclame une seconde fois comme pour en signifier l’importance. La pauvreté ici n’est pas un état mais un passage et ce passage est nécessaire. Combien de fois ne sommes nous pas confrontés à ce trop plein de certitudes, de préjugés en nous, qui nous encombre nous empêchant de s’ouvrir à l’autre, à l’imprévu. Faire le vide devient un besoin pour mieux se reconstruire, se renouveler.
La pauvreté du cœur c’est cela que l’on retrouve dans la Béatitude : Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux. Il en est de même de l’homme riche qui demande à Jésus ce qu’il doit faire pour le suivre et Jésus de répondre : « Une seule chose te manque : vas, ce que tu as vends-le et donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ».

Bernard

Méditation en musique

Doina lui Petru Unc 26.34/30.08 début 27.48 (improvisations pour flûte de pan et orgue)

📖 Évangile de Jésus-Christ selon Jean (6, 51-58)
En ce temps-là, Jésus disait aux foules des Juifs : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »

Méditation en musique

DIPIAZZA-Ecce panis angelorum

Résonances

« C’est un dogme pour les chrétiens que le pain se change en son corps, que le vin se change en son sang. (…) Bons et mauvais le consomment, mais pour un sort bien différent, Mort des pêcheurs, vie pour les justes » [1]Prions en Église n° 474, Bayard Presse, juin 2026, page 44

Aujourd’hui, je n’adhère plus à ce dogme. Suis-je toujours chrétien, disciple de Jésus-Christ ? Je le crois pourtant, au plus profond de moi-même.
Puis-je participer au partage de la Parole de ce dimanche consacré au « Saint Sacrement du corps et du sang du Christ » ? Les douze participants à la préparation de lundi dernier m’y ont engagé.

Mon chemin de foi rencontre depuis quelques mois une étape nouvelle : Marie, ma compagne pendant près de 70 ans, est morte en décembre dernier, elle avait 91 ans, et moi bientôt 90. C’est en esprit que nous prolongeons notre vie amoureuse. Depuis 4 ans j’ai été chassé de la communauté à laquelle nous avons appartenu durant des décennies. Je ne peux plus me déplacer qu’avec un déambulateur difficile à installer dans un taxi. Je n’ai pu participer qu’une seule fois cette année au « partage eucharistique » organisé à Saint-Gabriel. Mais, même si j’espère bien pouvoir y retourner le 14 juin prochain pour l’assemblée de la communauté, je m’aperçois que le partage eucharistique ne me manque pas. Je crois plus que jamais aux forces de l’Esprit et je rends grâce pour ce que je découvre à cette étape de ma vie.
En effet, dès la fermeture des portes de Saint-Merry j’ai eu la chance de participer aux rencontres de la Parole par visio : préparation du lundi, suivi toute la semaine et enfin partage dominical. J’ai profité des rencontres de Carême et de diverses visioconférences. Les échanges téléphoniques avec les uns et les autres sont plus longs et plus riches, les visites plus nombreuses… et parfois on partage un repas. Certes j’aurai plaisir à prendre dans mes bras ce vieil ami, de serrer la main de celui-ci, de faire la bise à celle-là, mais je m’aperçois que la consommation du pain et la gorgée de vin consacrés ne me manquent pas pour nourrir ma vie de foi.
La vie n’est pas toujours rose, le monde va très mal, on rendait hommage mardi à 929 morts de la rue… Dimanche dernier, à la Chapelle Notre-Dame des Anges, avec quelques amis de Saint-Merry Hors-les-Murs, nous écoutions la prière du prophète Jérémie à la fin de sa vie : «  Obscure est ma confiance et ma foi insensée, mais à toi je consens : entre tes mains, je me remets . » [2]Agnès Gueuret, Les Jougs de Jérémie, Le corridor bleu, 2016

Jean

Parce que ma foi au Christ Jésus est aussi marquée du sceau de l’Incarnation, et qu’elle est portée par un christianisme « corporé », j’éprouve la nécessité de me retrouver régulièrement avec d’autres croyants et dans des lieux différents pour l’office dominical ; là où s’éprouvent et se vivent les langages du corps justement pour faire corps.

C’est d’abord un déplacement physique, une sortie du cadre familier, un itinéraire plus ou moins long, quel que soit le temps pour rejoindre là quelques visages familiers, ailleurs de parfaits inconnus. Puis un accueil sur le seuil entre celle qui mendie et celui qui offre un café et ceux qui tendent la feuille du jour. Une écoute ensuite : celle des voix qui, lors des chants ou des prières communes, en une longue houle, porte bien au-delà des mots qui, si souvent d’un autre âge, révèlent malgré eux, l’enracinement de notre histoire. Viennent le toucher des mains lors du Notre Père ; un geste, un sourire, une phrase lors de l’échange de la paix. Enfin mon regard personnel vers celles et ceux qui vont communier comme un partage silencieux et fragmenté de leur possible vie. Rencontres physiques éphémères peut-être mais suffisantes pour ressentir la réalité de se constituer en peuple.

Simultanément, ce besoin répond à la nécessité non seulement de remémorer mais aussi de sanctifier ensemble et concrètement un repas. Communier avec nos différences parfois profondes au pain et au vin partagés et quelle que soit notre compréhension de leur « nature ».

Bien sûr, le rituel classique est tel que nous n’échangeons pas sur la Parole entendue qui nourrit, interroge, dérange, met debout et engage. Mais demain en proposera peut-être une occasion ? C’est pourquoi, les préparations du lundi soir en visio me sont une ouverture féconde vers le dimanche suivant. Mais, plus encore, les célébrations de Saint-Merry Hors-les-Murs en présentiel où se succèdent et se fondent la puissance de la Parole et le goût renouvelé du pain restent une action de grâce si précieuse dans ma vie de croyant.

Alain

Partage


Quel que soit notre choix, nous sommes tous invités par Jésus à se nourrir de lui. N’est-ce pas cette invitation que nous entendons au cours de chaque messe : « Prenez et mangez en tous, ce ci est mon corps ». Mais…

« Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »


Méditation en musique


Chopin : Nocturne No. 20 in C-Sharp Minor, Op. posth

Dominique Renson, Mystiko deipno, 2014, huile sur toile

Quelques échos du partage

  • l’aliment ou plutôt l’énergie qu’Il nous donne c’est plus que des idées, c’est quelque chose qui est « incorporé »
  • ce pain est vital, c’est la vie donnée, c’est un trésor : la rencontre avec l’autre et entre nous pour devenir plus humain
  • Ceci est mon corps. Ceci est mon sang : cela devrait être dit par tous pas uniquement par le prêtre
  • c’est incroyable ! ce partage virtuel qui nous permet de rejoindre la réalité du Christ
  • depuis la fin de mes addictions et mon traitement, je sens l’infusion de l’autre en moi et inversement. Cette dimension physique me plaît
  • nos partages c’est mon pain du dimanche matin,
  • la communion c’est mystérieux : une merveille de Dieu
  • Jésus nous invite à retrouver le corps physique et social dans un monde qui le tient souvent à distance, il nous fait sortir de nos aliénations
  • la communion réunit des personnes différentes, parfois fragiles. La parole nous nourrit avant un futur festin
  • les 2 résonances nous proposent le concret et le spirituel, nous ne sommes pas que glaise ou qu’esprit. La vie de Dieu est incarnée
  • souvent dans les représentations de la Cène, les apôtres ne mangent pas ou la table est parfois vide mais la parole du Christ est là, au milieu
  • etc


Chant : Dieu a mis son corps entre nos mains

1- Venez du fond des temps, du bout du monde,
Cœurs transpercés par la soif et la faim,
Ouvrez la porte de la joie profonde :
Dieu a mis son corps entre nos mains. (bis)

2- Ce soir de l’eau se change en vin de noce,
Sur la montagne, on multiplie le pain,
La vigne en fleur nous donne un fruit précoce :
Dieu a mis son corps entre nos mains. (bis)

3- Parole accomplissant les Écritures
Mots d’un amour qui n’aura pas de fin,
Le Verbe se fait chair et nourriture :
Dieu a mis son corps entre nos mains. (bis)


Prière Universelle

Élargissons notre prière pour que par nos voix, elle devienne universelle

♫ Refrain
Quand je t’appelle, réponds-moi Seigneur, j’ai tant besoin de toi

Quelques unes des intentions partagées

  • la nouvelle encyclique qui enthousiasme de toute part et donne un autre visage à l’Église du 21ème siècle
  • les six nominés aux élections lors de l’Assemblée Générale de notre communauté, dimanche prochain, qu’ils soient remerciés pour leur engagement
  • Marjane Satrapi, auteur notamment de Persépolis, morte de chagrin cette semaine et pour les iraniens et les iraniennes qui subissent guerre et tyrannie
  • ceux qui ont faim pour que nous soyons à leur côté au quotidien
  • ceux qui n’osent transgresser les interdits et s’approcher de la communion qu’ils trouvent sur leur chemin des gens qui les libèrent
  • mon fils Pierre rentre en soin mercredi pour le traitement d’un cancer, comme vous êtes aussi de la famille je vous invite à partager la prière des miens
  • ma « petite » belle fille qui souffre d’un grave cancer
  • les communautés d’Emmaüs qui se reconstruisent
  • je remercie Dieu pour vous tous qui m’avaient soutenue lors du décès de mon fils. Remercions Dieu ensemble
  • les jeunes qui subissent et côtoient les violences et les abus. Que nous entendions et qu’il y ait plus de Vie
  • Et pour toutes les autres intentions, y compris non exprimées, que nous avons portées en nos cœurs ce matin.

Notre Père

Bénédiction et envoi

Notes

Notes
1 Prions en Église n° 474, Bayard Presse, juin 2026, page 44
2 Agnès Gueuret, Les Jougs de Jérémie, Le corridor bleu, 2016

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