Dans le cadre d’une réunion du réseau « Initiative des Chrétiens pour l’Europe (IXE) » deux représentants des Semaines sociales de France ont rencontré à Lviv, en Ukraine, les associations, églises, université qui prennent soin des anciens soldats mutilés, des familles privées d’un parent comme des étudiants qui constitueront la relève de la génération actuelle. Ils témoignent de la vitalité de leur société civile et de l’aspiration à une paix juste et à l’intégration au sein de l’Union Européenne.
La société civile ukrainienne mobilisée pour réparer les blessures »

À l’occasion du quatrième anniversaire, jour pour jour, du déclenchement de la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine, Roman Fihas, prêtre grec catholique, directeur de l’institut œcuménique de l’Université catholique ukrainienne de Lviv a organisé pour un groupe d’une douzaine de personnes d’association de laïcs catholiques allemande, anglaise, polonaise et française, une rencontre avec la société civile confrontée à la guerre. Les Ukrainiens qui ont accueilli le groupe ont été touchés et encouragés par ce déplacement qui a permis de manifester concrètement notre solidarité à nos interlocuteurs fatigués à la fois physiquement et psychiquement mais qui résistent depuis 2014, au prix de grandes souffrances, des pertes autour de cinq cent mille personnes mortes, blessées ou disparues, déjà huit cent mille anciens combattants, 3,7 millions de déplacés à l’intérieur du pays et six millions à l’extérieur.
En tant que catholiques, cela a été aussi une belle rencontre avec la communauté catholique (de rite grec) locale, dont Roman Fihas est un représentant ; il organise chaque année les Semaines sociales œcuméniques ukrainiennes, inspirées des semaines sociales françaises.

La foi, les sciences et l’Europe se rencontrent pour ouvrir l’avenir
Le groupe a été impressionné par le nombre de prêtres en formation, 170 jeunes, au sein du séminaire régional grec catholique de Lviv. Le groupe a été marqué par la rencontre avec le recteur de l’Université Catholique d’Ukraine (UCU), Taras Dobko. Dans le contexte de la guerre, mais en se tournant vers l’avenir, avec la volonté de lutter contre le ressentiment, l’UCU a adapté profondément ses programmes. Elle joue un rôle actif dans la formation professionnelle et l’accompagnement social pour la réintégration des anciens combattants. Pour les étudiants, futurs dirigeants du pays, et en anticipation de la reconstruction, l’UCU met l’accent, au-delà des aspects académiques, sur « les compétences sociales de leadership » à travers la participation obligatoire à des projets pour et avec les communautés locales dans un esprit de service ; par exemple, des étudiants participent à l’élaboration et mise en œuvre d’actions municipales. L’UCU a aussi développé des programmes répondant à un enjeu d’éthique dans le domaine des affaires, en raison des enjeux de lutte contre la corruption.
Lviv, entre mines et rêves

@ Don Bosco
La question majeure des vétérans et des blessés de guerre a été le point commun très prégnant des visites et des témoignages recueillis à Lviv. La présence de la guerre était visible lors de la visite au centre Don Bosco avec un match de foot pour des jeunes (mineurs) amputés – il y a cent cinquante mille personnes amputées en Ukraine aujourd’hui, du fait de la guerre, et le territoire ukrainien recouvert de mines représente la moitié de la superficie de l’Allemagne –. De même, à Caritas Ukraine avec la rencontre d’une sorte de club de vétérans, venant se réunir et échanger là avec leur famille, le dimanche. Plusieurs d’entre eux étaient gravement mutilés et paraissaient marqués par cette guerre qui cause aux soldats des blessures physiques lourdes mais aussi des traumatismes psychiques, que les associations caritatives chrétiennes rencontrées ont à cœur de soigner afin de resocialiser ces vétérans, de recréer du lien avec leurs enfants le cas échéant et de les aider à « se reconstruire » selon l’expression d’un des intervenants sur le thème de « l’expérience de vie durant la guerre » : Oleh Tsyunovsky, qui a perdu un bras et une jambe sur le front.
Une profonde revendication de justice
Ce voyage a permis au groupe de se rendre compte, de façon tangible, de la rudesse des conditions endurées par les Ukrainiens, notamment les soldats et vétérans mais également les civils, même si nous étions dans une zone beaucoup plus épargnée que d’autres par la guerre. Surtout, nous avons pu être témoins de la résilience et du courage des Ukrainiens qui nous ont paru faire preuve de cohésion, d’unité dans cette épreuve de la guerre, avec un sentiment national bien ancré et déjà forgé par l’histoire.

Nous avons aussi été touchés par l’esprit européen qui souffle à Lviv, dans les monuments et l’atmosphère de cette belle ville, qui souffre de ne pas être aussi entretenue et mise en valeur que Cracovie par laquelle nous sommes passés pour nous rendre en Ukraine.
Dès lors, nous avons ressenti l’importance de l’Union Européenne (UE) pour l’Ukraine (UE sans laquelle l’Ukraine n’aurait pas pu et ne pourrait pas résister à l’agression russe) et notre responsabilité vis-à-vis de ce pays, qui se bat aussi pour notre liberté à tous, en Europe.
Dans ce contexte, nous avons exhorté nos amis ukrainiens à rester fidèles dans l’avenir aux valeurs démocratiques et de liberté.
Nous avons enfin touché du doigt l’aspiration profonde à la paix et à la stabilité de ce pays mais pas à n’importe quel prix, dans le cadre d’une « paix juste et durable », qui requiert pour nous, Français, de la vigilance par rapport aux conditions de négociation d’un éventuel cessez-le-feu et a fortiori d’un traité de paix.
Grégoire Lefèvre et Dominique Pannier




