S’asseoir tous en cercle au sol … ou l’exercice du pouvoir à l’épreuve de l’Évangile, de la synodalité…. et dans l’histoire du CPHB ! Une façon de chercher, d’inventer ensemble quelque chose de neuf. Un récit de Jean-Claude Thomas
Jésus a eu beau dire aux Douze :
» Vous le savez : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur » (Matthieu 20, 25-26)
Matthieu 20, 25-26
cela n’a pas empêché notre Église de se doter d’une structure hiérarchique qui, à certaines époques, s’est révélée, au nom d’une forme de service, exercer un pouvoir dominateur.
Dans le monde civil aussi, les turbulences après la Révolution française sont là pour nous le rappeler : il ne suffit pas de renverser un pouvoir hégémonique et écrasant pour que le problème du pouvoir soit réglé. Chassez le pouvoir par la grande porte, il revient par la petite.
Il en est de même dans l’Église, et aujourd’hui où l’on parle de synodalité, où le pouvoir clérical est très largement remis en cause, et par le Pape lui-même, l’exercice d’une forme d’autorité, si légitime soit-elle, n’est pas toujours bien réglé pour autant : on peut, au nom du service que l’on assume, tellement s’identifier à lui, qu’on court-circuite la concertation nécessaire pour mettre en œuvre une véritable co-responsabilité.
Expériences des premiers temps
Sans vouloir trop valoriser une étape lointaine dans l’histoire de Saint-Merry, je me souviens de deux choses qui m’ont marqué dans les premiers temps du Centre Pastoral. Avec la première équipe pastorale, nous faisions nos réunions assis sur des coussins, en rond et par terre, deux dimensions symbolisant, plus ou moins inconsciemment, un désir d’égalité, une remise à zéro des différences hiérarchiques. Ce n’était pas délibéré, cela s’est fait spontanément, mais cela traduisait la relation qui s’était d’emblée créée entre nous et notre désir commun de co-responsabilité entre prêtres et laïcs.
Cela rejoint ce qui s’est passé lorsque nous avons réfléchi aux futures célébrations (il n’y avait encore que celle du mercredi soir). Nous avons formulé un souhait : « Pour que la liturgie de la Parole soit vraiment une liturgie de la Parole, il ne faut pas que ce soit un temps passif où l’on se contente d’écouter ceux qui lisent ou qui parlent. Un temps où l‘on se tait plutôt qu’un temps de parole. Il faut que cette parole soit vivante, qu’elle circule. » Et c’est ce qui nous a donné l’idée de mettre les chaises en rond dans la nef pour former le cercle de la Parole.
Certains se souviennent de la haute stature de Xavier de Chalendar ! Aucun problème pour autant, pour lui, lorsqu’il s’asseyait par terre sur un coussin, comme tout le monde. Et dans sa tête ? Dans ses postes antérieurs, il avait laissé le souvenir d’un homme assez autoritaire et rigide, malgré son ouverture d’esprit. Il changea avec le CPHB. Pour le CPHB ?
Des membres de sa famille m’ont dit : « Jusque-là, dans les rencontres familiales, c’est lui qui parlait et nous qui écoutions. À cette époque, le courant s’est inversé et c’est lui qui s’est mis à nous écouter. » Que s’était-il passé ? Je n’en sais rien. Et il était très secret sur lui-même et nous n’en avons jamais parlé…
Nos métamorphoses et le désir du partage
Mais je pense que les interrogations, le questionnement d’abord intérieur, avaient pris le pas, chez lui comme chez beaucoup d’autres, sur les certitudes et les affirmations. Jeunes et moins jeunes, novices et expérimentés, nous avions pris conscience d’être là, un peu comme Abraham, partis sans savoir où nous allions, et voilà que nous nous retrouvions « en cercle », au sol…Ce qui n’allait pas de soi pour certains qui, comme Xavier, à plus de cinquante ans, avaient exercé des responsabilités importantes dans l’Église ou ailleurs. Pour moi, c’était plutôt le fruit d’un bouleversement intérieur où j’avais laissé quelques plumes. Pour d’autres, cela ouvrait un espace nouveau où ils nous ont rejoints, avec leur soif et leurs interrogations. D’autres encore bouleversés, compatissants ou blessés, ont trouvé là un refuge pour ressusciter et en découdre.
Tous, nous nous sommes retrouvés en position de recherche, pour être à même d’inventer ensemble quelque chose de neuf. Nous n’étions pas là pour assumer un service sur la base de nos compétences et de nos charismes, en fonction d’une autorité qui nous était confiée. Tous, nous nous efforcions de garder intérieurement une position qui permette de chercher le nouveau, de faire place à l’autre, jusqu’à une position d’équilibre. Il fallait sans cesse creuser, avec la soif d’écouter, la faim du partage. Le CPHB a inventé alors bien des façons d’échanger, des structures d’organisation, des lieux de proposition : risqué, essayé, refusé et/ou adopté…
Cela a peut-être permis que tous aient vraiment la parole et se sentent pleinement reconnus. Les différences pouvant être source de richesse, quand chacun se sent reconnu et écouté, en cercle, au sol, la confiance et la créativité peuvent l’emporter.
Avec un certain bonheur à la clé.





