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Quelle espérance devant la crise climatique ?

Retours sur le débat du 11 février 2021 des Ateliers de la verrerie

Trois débatteurs, trois mises en perspective de la crise climatique chacun selon sa sensibilité particulière, et finalement trois regards d’espérance assez convergents autour de quelques mots : partage, lucidité, éthique, spiritualité. Voici un court résumé de ce débat particulièrement riche, vivant et mobilisateur, animé par Marine Lamoureux, journaliste à La Croix, auquel 250 personnes assistaient en distanciel.

Plutôt que d’un effondrement, Dominique Bourg parle d’une dynamique de chocs potentiels qui s’enchaînent et qui rendent  l’habitabilité de la terre plus complexe. Il récuse l’idée simpliste d’un événement ponctuel qui ferait basculer brutalement le monde dans la pénurie. Il constate toutefois que depuis l’avertissement du rapport Meadows de 1972 rien n’a vraiment changé dans nos modèles socio-économiques, alors qu’ils ne sont pas soutenables. Les flux de matières et d’énergie doivent décroître, il va falloir regarder en face le problème du commerce international sans contraintes. Entreprises et individus vont devoir changer de comportements, d’autant que la croissance n’améliore plus le bien-être comme dans la période des trente glorieuses. Pourtant, tout n’est pas noir, le défi consiste à faire croître les activités humano-centrées, à mieux distribuer la croissance et à revoir nos organisations institutionnelles.

Valérie Masson-Delmotte souligne de son côté l’objectivité scientifique du changement climatique. Ses effets les plus aigus sont désormais visibles et ses causes dépendent sans aucun doute possible des activités humaines. Les changements en cours se caractérisent en particulier par une forte inertie et par des répercussions subies à long terme. La prise de conscience de notre vulnérabilité progresse rapidement notamment chez les jeunes. Elle préfère voir dans cette crise l’obligation autant que l’opportunité d’effectuer des choix éthiques, équitables et justes, à l’intérieur de nos marges de manœuvre, sans se projeter dans le discours des collapsologues lorsqu’ils basculent dans le catastrophisme. Les gaz à effet de serre diminuent lentement dans 30 pays, cela ne pourra se généraliser sans solidarités internationales tenant compte des niveaux de développement et des dynamiques démographiques. Nous avons besoin d’amplifier les ruptures qui se dessinent : technologiques (comme les mobilités bas carbone), sociales (comme les modes d’alimentation, de production, de gestion des sols), sociétales (pour un développement frugal, abordable et local). Cela passe par des initiatives individuelles, locales et par des mouvements de société (par exemple gouvernance et réorganisation des financements). Surtout ce sont nos valeurs qui devront évoluer.

Cécile Renouard propose elle aussi de sortir du déni de la crise et de ses causes qui poussent à l’inaction, comme d’éviter les discours trop généraux du pire, ou trop globaux qui interdisent les initiatives locales ou territoriales. Il est important de bien prendre en compte les incertitudes par rapport aux graves chocs qui sont devant nous ainsi que la diversité des situations personnelles et sociétales dans lesquelles ils surgissent. La transition implique de poser les bonnes questions éthiques par rapport aux responsabilités communes que nous avons en tant qu’individus, citoyens, producteurs ou consommateurs. Cécile Renouard souligne que de nombreux jeunes militants sont indignés, voire en colère, faute de se sentir compris ou de discerner un chemin tracé pour la transition. Les choix individuels ne pourront compter que pour le quart des transformations nécessaires, le reste relève de choix structurels : gouvernance, politiques publiques, modèles économiques, etc. Il faut donc articuler les niveaux et les échelles. Par exemple, l’évolution des entreprises suppose à la fois des initiatives internes, des normes contraignantes et la pression des ONG. Plus profondément, nous avons besoin de nous transformer intérieurement, de retrouver du sens dans la nouvelle situation.

Pour nos trois intervenants, l’espérance face à la crise climatique réside sans doute dans quelques clefs :

  • Le partage et l’échange pour « ne pas rester seul », « sortir du trend égoïste » pour miser sur l’entraide, la dynamique collective qui transforme et l’énergie positive qui surmonte les obstacles.
  • La lucidité sur les enjeux, qui, avec la compréhension fine de notre vulnérabilité et de nos besoins de solidarité sont des moteurs de l’espérance en actes, ce que Valérie Masson-Delmotte résume par le mot de « courage ».
  • Les expériences concrètes de transformations, très diverses, à cultiver jour après jour, qui permettent de découvrir une meilleure qualité de vie, plus sobre, plus simple, des temps et des rythmes de vie apaisés ouvrant vers plus de contemplation et de gratuité.
  • La réflexion éthique pour viser l’équitable et le juste, le regard bienveillant sur soi et sur les autres pour contrer le cynisme et l’attentisme.
  • Une spiritualité bien différente de la spiritualité en creux qu’est aujourd’hui le modèle dominant du consumérisme et de l’appropriation nouvelle pour Dominique Bourg. Une spiritualité qui évoque pour Cécile Renouard une force intérieure pour cheminer ensemble, « le consentement selon l’espérance » de Paul Ricoeur, « le désespoir surmonté » de Bernanos, une capacité à se projeter dans un horizon désirable, une boussole ou une « ancre dans ce qui est plus grand que nous ».

NDLR : Pour celles et ceux qui voudraient en savoir davantage, vous trouverez au bout du lien ci-dessous un florilège des questions posées et réponses données lors du débat : Florilège Q&R

Les ateliers de la verrerie sont des soirées-débats ouvertes à tous, participatives et conviviales, sur des grandes questions sociétales, philosophiques ou spirituelles, des sujets qui font sens. Ils sont organisés par un collectif de mouvements : le CCFD-Terre Solidaire, Chrétiens Unis pour la Terre, le Forum 104, la Mission de France, les Amis du journal La Vie, le MCC – Mouvement des Cadres Chrétiens, Saint-Merry et, selon les sujets, d’autres partenaires.
Ils réunissent plusieurs intervenants aux points de vue contrastés, susceptibles d’apporter des éclairages pluralistes à un large public.

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Jacques Debouverie

Ingénieur-urbaniste de métier, conseil auprès des collectivités locales et formateur. Responsable associatif dans le domaine du droit au logement des jeunes. Participant de la communauté de Saint Merry depuis les années 80, en équipe à la Mission de France. Père de famille et diacre.
Parmi ses publications "Dieu vu du bas - lettres à des amis de tous bords", Editions Futurbain, 2020.

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