Quatre dimanches, quatre randonnées. Autant de célébrations en pleine forêt. C’est cela aussi l’Église hors-les-murs.

Il s’agit des randonnées-célébrations proposées avant l’été, c’est bien l’idée et l’image que nous nous faisons aujourd’hui de ces quatre dimanches. Il a suffi d’une annonce sur le Flash Hebdo, « Saint-Merry hors les murs, Saint-Merry dans la nature », suivie de l’invitation à célébrer le partage eucharistique, se rencontrer, se retrouver, et se trouver. Le recevoir.

Déjà à Saint-Merry, quand la notion « hors les murs » n’existait pas pour nous, nous étions entraînés dans cet esprit de disponibilité au souffle de l’Esprit de Dieu. Le mercredi soir, à 19 heures, l’église éclairée uniquement du côté du claustra pouvait attirer un passant qui découvrait alors, un petit groupe serré autour de Dominique, prêtre, un frère. Un texte d’Évangile était lu, ce qui pouvait intriguer le nouveau venu, ignorant parfois de quoi il s’agissait. Alors il s’approchait, accueilli par un signe de la main, accompagné d’une voix bienveillante et proche qui lui demandait : « Et vous, qu’est ce qu’elle vous dit cette parole ? » Timidement arrivait la réponse, quelques mots susurrés, fulgurants nous faisaient percevoir que le visiteur inconnu était habité, lui aussi, par l’Esprit.
Le monde du « Dehors » était venu nous visiter.
Le partage eucharistique se poursuivait ensuite dans la rue, avec des bols de soupe, ou une galette des rois. Le porche de l’église était grand ouvert, éclairé, pour accueillir un autre monde, celui des périphéries aux mille visages, errants dans nos cités, hébergés à la porte de nos immeubles.
Le monde des aimés de Dieu.
Des instants importants dont nous ne connaîtrons jamais la portée, ils ne nous appartiennent pas. Comme nous ne savons pas qui donne et qui reçoit…

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En février 2020, tout s’est arrêté avec le premier confinement, il a fallu créer et s’adapter. Très rapidement, nous nous sommes retrouvés dans un groupe whatsapp, ouvert à nos amis. Chaque mercredi, nous avions rendez-vous à 19 heures pour une autre forme de partage, uniquement celle de la Parole qui nous a nourris autrement. Nous avions droit, matin et soir, à un hymne, des prières monastiques ou des chants de tous pays. Puis le temps est passé avec des possibilités de sortir un peu comme avant.
Jusqu’au jour d’un grand chamboulement qui nous a sidérés et blessés. C’en était fini avec l’église de Saint-Merry, il nous était demandé de quitter les lieux, nous étions projetés hors ses murs. Nous étions mis dehors, chargés d’enlever toute trace de ce qui avait été créé, il y a quarante-cinq ans.
Plus rien apparemment. Malgré beaucoup de soutiens d’amis proches de la communauté, nous étions dans la douleur. Plus de lieu où se retrouver, un espace vide, le désert et la vie nomade qui s’imposaient.
La vie nomade est bien présente dans la Bible, il suffit de se rappeler Abraham assis devant sa tente, une halte qui permet aux trois Visiteurs d’annoncer une nouvelle, complètement hors du commun, qui le bouleverse et fait rire sa femme Sara. Elie n’en peut plus, assis sur le bord du chemin ardu et désertique, il supplie son Seigneur qui lui donne rendez-vous au désert du Sinaï au mont Horeb. Il a fallu qu’il tende bien l’oreille pour percevoir le Souffle de Dieu, dans un fin silence. Celle de tous les humains qui a eu l’oreille la plus fine, c’est Marie. Elle a connu, quelques mois plus tard, un accouchement en plein recensement. Un jour, son fils Jésus a dit qu’il n’avait même pas une pierre pour reposer sa tête. Avant de commencer sa vie publique, il avait jeûné quarante jours, au désert. Et le séjour, si on peut l’appeler ainsi, du peuple juif au Sinaï et l’exil à Babylone… Nous sommes bien les descendants de ce peuple en marche.

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Le désert, le lieu par excellence où l’on ne s’installe pas, lieu de l’écoute, de la rencontre, lieu ou l’on apprend à se débarrasser de ce qui encombre jusque dans nos cœurs, lieu où l’on trouve l’eau qui désaltère. L’eau que l’on peut donner à l’autre, et même à Jésus, la samaritaine en sait quelque chose.
Aujourd’hui, nous voilà nomades, la situation est peu sécurisante, elle nous fait rebondir. Le temps n’est pas à ravauder son vieux vêtement, mais de créer, de remplir de vin nouveau des outres neuves.

Ce que nous avons vécu ces quatre dimanches, a été une manifestation de notre foi. Chaque randonnée avait un thème en relation avec les textes liturgiques du jour. Le groupe était constitué de quinze à vingt personnes environ, quelques-uns de Saint-Merry hors les murs avec leur famille et leurs jeunes enfants ainsi que des amis invités. Un petit groupe de prêtres et laïcs de Mission de France, a été des nôtres, ce jour-là c’est Jean-François, aumônier national des prisons, qui a présidé le partage eucharistique. Il en a été de même avec José, prêtre de Saint-Merry, au cours d’une autre randonnée.
Jean-Louis un « ancien » parmi nous était présent avec sa tribu d’enfants et petits enfants, soucieux de leur transmettre des valeurs avec des mots d’aujourd’hui, soucieux de les communiquer aussi aux plus démunis de la société en se déplaçant auprès d’eux, avec non seulement des victuailles mais des paroles aimantes, ce qu’il sait si bien faire… Une sympathique tribu familiale dont l’un nous a confié une parole forte et éclairante :

« Ce sont ces randonnées-célébrations
qui nous mettent en relation avec l’Église »

André a été un excellent administrateur, jovial, comme on le connaît, il était présent tout en étant discret. Présent aux réunions de la préparation, il cherchait des thèmes pour animer nos haltes, il nous les partageait tout en tenant compte de notre avis.
Une liturgie qui commençait dès le rendez-vous, le matin, sur le quai de la gare.
Et même avant, le lundi précédent, certains rejoignaient Saint-Merry hors les murs à la préparation de la rencontre autour de la Parole, sur zoom, afin d’être en union le dimanche, au même moment.

La marche comprenait des haltes, la première évidemment pour faire connaissance en prenant le temps tranquillement ; à l’étape suivante, lecture des textes du dimanche, entrecoupés de chants. Le pique-nique, sorti du sac était le bienvenu, il annonçait une autre nourriture, celle du partage eucharistique, dans un joli coin qui s’y prêtait. Dans notre prière il y avait tous ceux que nos cœurs avaient rendus présents en les nommant, chacun à notre tour. Ce fut ainsi dans la forêt de Verrières près de Massy, le long des bords de Seine près d’Évry, dans la forêt de Fontainebleau, et une fois, abrités dans un lieu parisien car le ciel était dans l’eau. Cette liturgie au cœur du monde, avec le monde, n’a pas de saison, nomade elle s’est adaptée. Elle va continuer de s’inventer, mais attention au risque de rester dans « l’entre-soi ». Tout le monde ne peut malheureusement pas participer à ces marches, mais n’y aurait-il pas d’autres formes de liturgies à chercher ?
Nos remerciements vont vers celui qui nous a accompagnés et fait découvrir comment on peut vivre une liturgie autour du partage eucharistique, dans la convivialité avec les autres, sous la forme d’une randonnée. Remerciements aussi à celui qui a si bien rempli sa mission d’organisateur. Nous aussi, nous nous sommes chaque fois remerciés, pour tant de richesses et de partages offerts et reçus entre nous.

Je me suis inscrite pour un week-end, organisé par Gabriel Ringlet, intitulé « École des rites » à Louvain, en décembre. Dans le questionnaire il était demandé si on pouvait décrire une célébration qui nous avait marqués. Je vous laisse deviner ma réponse !

Jacqueline Casaubon, avec celles et ceux qui ont vécu la liturgie nomade, y compris les plus petits

Jacqueline Casaubon

Conteuse, elle écrit des récits de vie ainsi que des poèmes illustrés de ses peintures. Inspirée par les psaumes et d’autres textes de la Bible, elle en a réalisé une actualisation poétique. À paraître : « Empreintes et tissages d’hier avec aujourd’hui ».

  1. Myriam says:

    une petite merveille ce temps célébré à plusieurs au milieu de la nature. Plein de sens !
    Je n’y étais pas mais un peu quand même par la joie ressentie quand j’en ai appris la proposition .
    Merci de ce partage sensible et réfléchi, priant.
    Et qui sait, peut-être une prochaine fois … !
    Myriam

  2. Jacqueline Casaubon says:

    Merci beaucoup Myriam, j’espère que tu pourras, un jour, participer à ces randonnées- célébrations. Un partage eucharistique en marche. Jacqueline

  3. Michèle Dion says:

    De tout coeur,en partage avec vous tous. J’ai 68 ans. Je vis non loin d’Orléans et suis hors Eglise depuis l’assassinat du père Riobé. Restez forts et unis. Michèle

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