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Jeûner : est-ce une réponse à  l’aujourd’hui ?

En ces périodes troublées, les évènements nous débordent, ils risquent même de nous écraser. La tentation : proposer des réponses un peu magiques, des solutions décalées face à la situation, à la façon des apôtres qui, lors de  la transfiguration de Jésus, proposent  de monter trois tentes….
N’est-ce pas ainsi que  nous sommes appelés au jeûne ? « Faites pénitence, communiez à la souffrance de tous ceux qui souffrent en souffrant vous-mêmes… prenez sur vous un peu de cette responsabilité qui fait que ça va si mal ».
Mais qu’est-ce que mon jeûne peut bien changer à la vie de l’Église affrontée aux abus sexuels ? à la situation de l’Ukraine et de l’Europe  confrontées à une guerre ? En quoi me priver de nourriture, de téléphone ou d’écran va-t-il modifier le déroulement des événements?
Bien sûr, le jeûne, ce n’est pas mauvais, ça ne fait de mal à personne ! Aujourd’hui, jeûner est même à la mode et vanté pour ses bienfaits tant  physiques que psychiques et spirituels. Plus fort encore,  il peut devenir moyen de pression dans les grèves de la faim.
Jésus, lui, ne se fait pas le champion du jeûne, il se contente de demander à ses amis de le vivre dans une totale discrétion et, d’ailleurs, pourquoi le vivre tant qu’il est avec nous ?
Et jeûner, au sens de « se priver de… », est-ce vraiment une attitude répondant aux problèmes qui se posent aujourd’hui ?
Au dire d’Isaïe en tout cas, pas vraiment ! Il se demande si cela plaît au Seigneur, quand  « l’homme se rabaisse ? S’agit-il de courber la tête comme un roseau, de coucher sur le sac et la cendre ? Appelles-tu cela un jeûne, un jour agréable au Seigneur ? ».
Quand j’entends appeler au jeûne, je ne peux m’empêcher de laisser résonner en moi les paroles de vie d’Isaïe :

Voici le jeûne qui me plaît, dit le Seigneur : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs.
Le jeûne, c’est partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable.

Isaïe, chap.59, versets 5-7)

La question du jeûne devient alors très concrète et dynamique : comment puis-je désenchaîner, participer à la libération physique ou morale d’une personne, briser l’enfermement de quelqu’un ? Comment accueillir ? Et s’il s’agissait pour moi de partager un repas, une chambre, un vêtement, une heure ou seulement un simple regard ?
Ces interpellations sont, pour nous tous, notre défi d’humanité dans ces situations difficiles.
La priorité absolue, c’est la vie concrète des enfants, des femmes et des hommes, moi y compris.
Soyons vivants, et permettons d’être vivants, le plus et le mieux possible !
N’est-ce pas cela le jeûne qui peut être réponse à l’aujourd’hui  ?

Jean-Luc Lecat

Jean-Luc Lecat

Licencié en philo universitaire et en théologie, professeur de philo en terminale pendant 10 ans, 20 ans responsable de formation en disciplines générales (français et maths) pour le personnel ouvrier de l'Assistance Publique de Paris.

  1. Frédéric Baule says:

    Cher Jean-Luc

    je partage votre interrogation concernant le jeûne “alimentaire”

    il me semble, cependant, que – dans le cas précis de l’agression de l’Ukraine par la Russie dont l’économie est dépendante de ses exportations de pétrole et de gaz – nous sommes appelés à explorer également ce que pourrait être un jeûne “énergétique”, vécu comme un choix délibéré de sobriété énergétique, en vue de peser collectivement sur la quantité d’hydrocarbures que nous achetons.

    fraternellement
    Frédéric

  2. sylvie clapin says:

    Jeûner est-ce une réponse pour l’ aujourd’hui? “J aime ta question, Jean- Luc, mais avons nous le choix? L Evangile de ce matin ( Luc 4, 1-13) nous montrait Jesus conduit au désert par l Esprit, y vivre 40 jours de manque (de nourriture , relations … ), y “épuiser toutes les formes de tentations” (v13) puis revenir en Galilee “avec la puissance de l Esprit” .
    Il me semble que collectivement nous y entrons tous dans ce désert …
    Seigneur, bénis tes enfants qui, par toi et avec toi, aujourd hui résistent là ou ils sont et ouvrent sans doute tes chemins

  3. Michel Metzger says:

    Merci Jean Luc pour ton texte sui est porteur pour moi.
    Rien dans les Evangiles ne nous demande de nous brimer ni de nous rabaisser. Il nous est demandé d’être heureux et joyeux comme les enfants et de laisser de côté ce qui nous semble vital et que nous découvrons comme marginal ou encombrant.
    La joie est un fruit que produit la Vie.

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