Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure
.
Ils sont beaux ces deux vers de Guillaume Apollinaire.

Les jours passent en un mouvement continu. Les calendriers, leurs divisions officielles en jours, mois, années, programment l’emploi que nous faisons du temps. Ainsi :

  • 13 novembre : quarante-trois jours avant Noël, des guirlandes d’ampoules sont disposées en travers de l’avenue au bout de ma rue.
  • 15 novembre : chez Truffaut, les crèches à vendre sont en tête de gondole.
  • 18 novembre, dans le métro, une petite fille reproche à sa maman de ne pas avoir encore installé les décorations de Noël. Sa maman lui répond qu’elle doit d’abord enlever celles d’Halloween.
  • 20 novembre : le facteur passe vendre les calendriers 2024, bientôt suivi des éboueurs. Les pompiers et les scouts arriveront plus tard, quand nous ne saurons plus quoi faire de toutes ces listes de jours, de semaines et de mois éphémères.
  • 21 novembre : les bûches glacées sont arrivées chez Picard, comme un privilège pour ses clients prévoyants.
  • 25 novembre : les sapins des fleuristes envahissent les trottoirs et les couronnes de l’Avent leurs vitrines.
  • 3 décembre, advient le premier dimanche de l’Avent.
  • 9 décembre : gros choix de galettes des rois au supermarché.

Jadis sans doute, dans un autre monde probablement, nous patientions en ouvrant chaque jour une des vingt-quatre fenêtres d’un calendrier de l’Avent plutôt pieux quoique chocolaté. Voilà une tradition qui ne s’est pas perdue mais curieusement enrichie, et se décline de façon inattendue. Les fenêtres s’ouvrent désormais sur de surprenantes découvertes : produits cosmétiques, bières, saucissons, bougies parfumées, thés, infusions, dosettes de café, casse-têtes, huiles essentielles, miels, recettes de cuisines, enquêtes policières à résoudre en vingt-quatre jours, petites voitures, figurines Pokémon… C’est sûr, Noël est attendu ! 

Au Québec aussi, dès novembre, les calendriers de l’année suivante fleurissent sur tous les comptoirs : calendrier du garagiste, de l’épicier, des scouts, de la municipalité… Petite différence : sur tous ces calendriers, tous les agendas, la semaine commence le dimanche.
Apparemment, ça ne change pas grand-chose. Les autoroutes sont congestionnées le vendredi soir dans un sens et le dimanche après-midi dans l’autre. Le samedi, les parkings des supermarchés et des centres de bricolage sont bondés. Pour moi, ça change tout.
En France, la semaine se termine par le dimanche. Peut-être n’oubliez-vous jamais Dieu. Moi, si. Je ne l’oublie pas vraiment mais… il peut attendre ; il a l’éternité devant lui, pas moi. Les heures coulent. Les jours filent. Heureusement, le dernier jour, le dimanche, il y a une heure de rattrapage, une heure de méditation et de partage de réflexions sur les textes bibliques, une heure de messe où je le retrouve. Il était temps !
Au Québec, ma semaine s’ouvre par ce rendez-vous avec Dieu. Elle en est imprégnée et influencée. Les lectures, les prières en communauté laissent une empreinte et j’en suis la trace les six jours suivants.
C’est tout bête, pense-t-on. Il suffirait de faire comme si. Eh bien, ça ne marche pas ! Il y faut la ligne sur le calendrier. Il y faut les autres. Il y faut cette accoutumance collective qui serine : le dimanche est un commencement ; le premier jour de la semaine, à l’aube, elles vinrent à la tombe…

J’ai travaillé en Syrie, avant la guerre de 2011. J’habitais à Damas, rue Droite, au patriarcat grec (melkite) catholique, en face de la petite rue Ananias, du nom de l’homme qui a imposé les mains sur Paul afin qu’il retrouve la vue. Un peu plus loin, rue Droite aussi, se trouvait le patriarcat grec orthodoxe. Les catholiques fêtaient Pâques selon le calendrier grégorien, les orthodoxes selon le calendrier Julien, une semaine plus tard. Combien de fois nos voisins musulmans, pourtant amicaux mais sachant manier l’humour, nous ont-ils demandé : – expliquez-nous, Jésus est mort, ressuscité puis re-mort et re-ressuscité ? On ne vous comprend pas, les chrétiens !

Décalés dans un sens ou dans un autre, les calendriers sont une affaire d’importance. Cette année, Pâques tombe le 31 mars. À partir du début février, soyons vigilants ; le premier qui trouve des œufs en chocolat a gagné… une cloche !

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Photo de Natalia Rudisuli sur Unsplash
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Joëlle Chabert

Joëlle Choisnard Chabert, géographe et journaliste retraitée. Autrice d’ouvrages pour adultes et pour enfants édités chez Bayard France et Canada, Salvator, Albin Michel. Thèmes : société, christianisme, vieillissement.

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