Risquer la rencontre et se laisser transformer pour s’ouvrir à une vie nouvelle. Accueillir, être accueilli… Que nous disent les textes de l’hospitalité véritable?
♫ Entrée en prière : BACH – Ouverture en sim BWV 1067
Accueil
Bienvenue à tous et particulièrement à ceux qui n’ont pas l’habitude de nous rejoindre. Nous serons en communion ce matin avec tous ceux qui souffrent de la chaleur ces temps-ci et plus encore avec ceux qui vivent dans des pays où les conditions climatiques sont devenues extrêmement pénibles et qui ne jouissent pas du confort dont la plupart d’entre nous, nantis, bénéficions. Pensons aussi aux Vénézuéliens qui vivent une affreuse tragédie.
Nous sommes nombreux à nous présenter chaque dimanche à la porte de cette rencontre en visio de Saint-Merry Hors-les-Murs, comme Elisée à celle de la femme de Sunam. Mais aussi réciproquement, comme cette même femme lorsqu’elle répond à l’appel du prophète.
Pour nous, un clic, et la porte – ou plutôt la fenêtre sur notre écran – s’ouvre et chacun trouve là un espace pour entendre et être entendu, voir et être vu, en toute liberté bien sûr.
Comme nous peut-être ce matin, la femme de Sunam ignore ce qu’elle va recevoir en osant la rencontre, celle qui déplace nos sécurités, nos appartenances, et jusqu’à notre identité : la Sunamite, qui était femme et épouse, ne devient-elle pas mère ? Elle accueille cette altérité qui la transforme et l’ouvre à « une vie nouvelle » comme l’écrit Paul.
Entrons maintenant dans notre célébration avec la confiance de ceux qui acceptent d’être transformés par ceux qu’ils accueillent autant que par ceux qui les accueillent
au nom du Père, du Fils, de l’Esprit, Amen
Bénédicte
📖 Deuxième livre des Rois (2 R 4, 8-11.14-16a)
Un jour, le prophète Élisée passait à Sunam ; une femme riche de ce pays insista pour qu’il vienne manger chez elle. Depuis, chaque fois qu’il passait par là, il allait manger chez elle. Elle dit à son mari : « Écoute, je sais que celui qui s’arrête toujours chez nous est un saint homme de Dieu. Faisons-lui une petite chambre sur la terrasse ; nous y mettrons un lit, une table, un siège et une lampe, et quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer. » Le jour où il revint, il se retira dans cette chambre pour y coucher. Puis il dit à son serviteur : « Que peut-on faire pour cette femme ? » Le serviteur répondit : « Hélas, elle n’a pas de fils, et son mari est âgé. » Élisée lui dit : « Appelle-la. » Le serviteur l’appela et elle se présenta à la porte. Élisée lui dit : « À cette même époque, au temps fixé pour la naissance, tu tiendras un fils dans tes bras. »

♫ Méditation en musique
V. van Gogh – La Chambre à coucher
Résonance
La Sunamite n’ouvre pas seulement sa table. En aménageant une petite chambre sur sa terrasse pour ce voyageur qu’est Élisée, elle crée un espace où l’autre peut être accueilli sans être assimilé.
Un lit : pour le repos.
Une table : pour le repas et la parole.
Un siège : pour demeurer.
Une lampe : pour voir plus clair.
Chaque objet dit quelque chose de l’hospitalité : non pas une simple générosité de passage, mais la volonté de faire une place véritable à celui qui vient d’ailleurs.
C’est là que son geste nous interroge.
Car, bien souvent, dans nos sociétés, nous accueillons à condition que l’autre ne nous dérange pas trop ; nous acceptons les idées nouvelles tant qu’elles ne bouleversent pas nos équilibres ; nous ouvrons nos portes à des personnes différentes, pourvu qu’elles adoptent rapidement nos codes.
Mais l’hospitalité véritable est d’une autre nature. Elle ne consiste pas à faire entrer l’autre dans mon monde ; elle consiste à laisser son monde venir rencontrer le mien. Elle suppose une ouverture qui accepte d’être déplacée, une disponibilité qui renonce à tout maîtriser.
Et c’est peut-être là le cœur de la foi.
En effet, Dieu ne vient pas toujours là où je l’attends. Il se donne souvent à rencontrer dans le visage de l’autre, dans celui qui vient d’ailleurs, dans celui qui bouscule mes certitudes.
Comme la Sunamite accueillant Élisée.
Comme les femmes interrogeant le jardinier devant le tombeau vide au matin de la Résurrection.
Comme les pèlerins d’Emmaüs reconnaissant le Ressuscité une fois disparu, dans l’étranger qui marche avec eux.
Ma foi est cette confiance : Dieu peut encore surgir là où je ne l’attends pas.
Alors accueillir l’autre ne relève ni d’un devoir moral ni même d’une vertu. C’est prendre le risque d’une rencontre qui me transforme. C’est croire qu’en faisant une place à l’autre, je fais aussi une place à Dieu — et qu’aucune de ces rencontres ne me laissera tout à fait la même.
Bénédicte
Résonance
La première lecture de ce texte m’a amusée, je croyais lire un conte de fée où Elisée, magicien, récompensait le bon comportement de l’héroïne qui lui a ouvert sa maison. Des lectures successives ont orienté mon regard sur l’Accueil qui a débuté chez elle par une demande insistante à Elisée de s’arrêter et de résider et qui s’est poursuivie bien au-delà quand elle a mis en place le nécessaire pour qu’il se sente totalement accueilli et veuille le lui signifier par l’annonce d’une maternité.
L’Accueil est au fondement de la Communauté de Saint-Merry (CPHB en 1975 ). C’est en quelque sorte son ADN, « il s’agissait d’accueillir tout le quartier des Halles et le Centre Pompidou ». Il a été vécu sous de multiples expressions au cours des 50 ans écoulés depuis. « Accueil quotidien », « Café Rencontre », « Communauté chilienne », « Communautés diverses »…
L’accueil débute par une démarche : « Elle se présenta à la porte » – phrase choisie pour le lutrin-. Il fait se rencontrer plusieurs partenaires : les accueillis, et les accueillants. L’accueilli, c’est le passant, l’inattendu, le connu, l’importun, et tant d’autres, etc… l’accueillant c’est celui qui est toujours là, la colonne, l’irrégulier, le fantaisiste, le nouveau.
En amont de la porte ouverte il y a une préparation du lieu, cadre, siège, confort dans la durée, dans le partage de vie (local, nourriture, logement) dans le respect des habitudes, des convictions de chacun, dans l’attention au partage de la parole. À la base, il y a l’écoute, écoute de l’autre, écoute de soi, regard juste, respect mutuel, cœur grand ouvert. La bonne volonté ne suffit pas, il convient d’approfondir les bases de l’écoute. Au fil des jours l’on s’aperçoit de tiraillements possibles, de contradictions vécues dans la cérémonie de l’accueil : le désir d’ouverture est toujours présent mais plus difficile à réaliser, faute d’énergie, de fatigue liée à l’âge ; les distances sont plus exigeantes en temps , l’attention nécessaire mobilise plus qu’avant et nous échappe.
Et, parallèlement on se sent plus disponible et enrichie, par une présence gratuite et non possessive. Je peux alors faire mienne cette phrase de Jésus : « Qui vous accueille m’accueille, et qui m’accueille, accueille Celui qui m’a envoyé. »
Marie-Antoinette

♫ Méditation en musique
Image générée par l’IA
📖 Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 10, 37-42)
En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »
Résonance
« Qui vous accueille m’accueille »
Cette phrase dans l’évangile de Matthieu a retenu toute mon attention. Est-ce si facile que cela d’accepter d’être accueillis ? Ne sommes-nous pas réticents parce que l’on est différents : physiquement, d’éducation, de statut social, de comportement, sans parler de nos origines ?
J’ai rencontré cette situation lorsqu’il y a quelques années, j’accompagnais des personnes en recherche d’emploi. Ils attendaient bien évidemment de nous une aide, des conseils et bien souvent un réconfort moral. Parce qu’ils étaient demandeurs de toutes ces choses, c’était à nous de nous dépouiller de nos préjugés, d’être disponibles, à l’écoute de leurs vies et de leurs difficultés. Ce furent des accompagnements pas toujours faciles mais enrichissants pour tous. Il y a eu des échecs, mais je ne regrette pas ces moments vrais de vie échangés et partagés.
Bernard
♫ Méditation en musique

Résonance
Je ne témoignerai pas d’un changement total dans ma vie, mais d’une nouveauté qui a changé de manière importante quelque chose pour moi ces dernières années. D’abord, quand on a proposé aux Saint-Merriens de rejoindre l’équipe de Notre-Dame d’Espérance qui se lançait dans l’aventure d’Hiver Solidaire, la première année, j’ai juste préparé quelques repas à partager avec les accueillies, mais ensuite Bernadette et Michel m’ont demandé de les remplacer dans l’équipe d’animation et là mon engagement a pris une autre dimension ! Beaucoup plus souvent sur le terrain, j’ai découvert que je me suis laissé apprivoiser par les femmes qui se sont succédé dans ce lieu en y partageant régulièrement les repas, la vaisselle, la nuit, ou le ménage et parfois des jeux de société, avec beaucoup de conversations intéressantes, et les grosses réticences que j’avais avant à parler avec des SDF ayant peur d’être très maladroite, ont disparu ; j’ai toujours aimé voyager, et les rencontres de nouvelles personnes m’ont permis d’expérimenter qu’on a beaucoup plus de points communs avec les autres que de différences, surtout entre femmes, et là, c’était comme s’il s’agissait d’un contact avec des voisins avec lesquels c’est toujours agréable de passer un moment. Et depuis, cette expérience me permet d’être à l’aise par exemple avec les usagers d’une bagagerie solidaire.
Solange

Comment se laisse-t-on transformer par ceux que nous accueillons ?
♫ Méditation en musique:
Partage
Quelques échos du partage :
- J’accueille des femmes migrantes qui ont été excisées. Elles m’ont fait prendre conscience de la chance que j’ai d’être née en Europe, de n’avoir pas été mutilée et de ne pas avoir à vivre avec cette souffrance. Cette rencontre a profondément changé mon regard.
- Cette semaine, nous avons organisé une fête des voisins. C’est formidable de voir des personnes que l’on croise sans vraiment les connaître se révéler et créer des liens. Les gens se disent bonjour, l’ambiance du quartier change. Nous hésitions à recommencer cette année, mais les voisins nous l’ont demandé. La récompense dont parle l’Évangile est là : le bonheur de voir naître ces relations.
- Mon petit-fils est parti quelques jours en vacances avec moi. Pendant tout le séjour, il m’a expliqué comment sa génération pense et voit le monde. J’ai été enseignée pendant ces vacances. J’ai beaucoup appris et cela m’a transformée. Je me sens aujourd’hui plus ouverte à ce qui arrive et aux paroles de ceux qui ne pensent pas comme moi.
- Une anecdote toute simple : un voisin, soucieux de ma santé, est allé faire le marché pour moi pendant que j’étais retenu ici. Cela m’a rappelé qu’il faut aussi savoir accueillir les attentions des autres, même lorsqu’elles nous dérangent un peu. Je vais d’ailleurs découvrir en rentrant dans quel état est ma cuisine !
- Pour moi, cette question rejoint deux situations très concrètes. D’abord, la nouvelle équipe pastorale : comment allons-nous nous transformer mutuellement entre anciens et nouveaux ? Ensuite, le futur lieu qui nous est promis : comment la rencontre entre deux communautés va-t-elle nous transformer ? Je crois que nous avons là une vraie méditation pour les mois qui viennent, pleine d’enjeux et d’espérance.
- Cette semaine, l’autre, pour moi, c’était la canicule. Elle nous a éprouvés, mais elle nous a aussi fait prendre davantage conscience de la situation climatique. J’aimerais que cette prise de conscience nous rende plus solidaires de celles et ceux qui, dans d’autres pays, souffrent encore davantage des bouleversements climatiques.
- Ce qui a le plus transformé ma vie, c’est d’avoir été accueillie. En vivant dans un village de bûcherons puis dans une communauté autochtone, j’ai appris à garder les pieds sur terre, à me laisser toucher par ceux qui m’entouraient et à m’émerveiller de la vie, même dans l’épreuve. Cette expérience a profondément changé ma façon de voir la société et de m’y engager.
- Je rejoins ce qui vient d’être dit. J’ai découvert le monde arabo-musulman en enseignant en Tunisie, alors que je portais, comme beaucoup, des préjugés. Cette rencontre m’a profondément transformé. Elle éclaire aussi le regard que je porte aujourd’hui sur le drame vécu par les Palestiniens.
- Mon fils a épousé une Japonaise. Au début, je me demandais comment ils allaient s’adapter l’un à l’autre. Le mariage au Japon a été un véritable dépaysement pour moi. Puis ma belle-fille est venue vivre en France. Peu à peu, j’ai découvert sa discrétion, sa délicatesse, sa manière d’être épouse et mère. Elle m’a beaucoup apporté. Je lui en suis profondément reconnaissante.
- Pendant seize ans, j’ai rendu visite à des personnes en EHPAD. J’y allais avec beaucoup d’appréhension face à la grande vieillesse et à la détresse. Mais, chaque fois que je frappais à une porte, c’était moi qui étais accueillie. Je ne sais plus très bien qui accueillait l’autre. Cette expérience m’a permis de me défaire de nombreux préjugés et d’accueillir aussi ma propre fragilité.
- En écoutant les témoignages des uns et des autres, je remarque que nous sommes tour à tour accueillants et accueillis. L’accueil est une transformation réciproque. L’enjeu n’est pas seulement l’autre, mais la relation que nous créons avec lui. Cela vaut aussi pour notre équipe pastorale : ce ne sont pas seulement les personnes qui comptent, mais la qualité des relations entre elles. Et ces espaces d’accueil ne sont pas seulement une maison ou une chambre ; ils peuvent être une visio, la rue ou tout espace public où une véritable rencontre devient possible.
- Pendant vingt ans, j’ai été bénévole en soins palliatifs, à l’hôpital, en EHPAD et à domicile. Je n’imaginais pas combien cet accompagnement serait un cadeau. On reçoit infiniment plus que ce que l’on croit donner. Cette expérience a été pour moi une véritable bénédiction et une profonde transformation. Je remercie tous ceux qui ont accepté de recevoir l’accompagnante que j’étais.
- Je confirme ce qui vient d’être dit sur l’EHPAD : accompagner et être accompagnée a été pour moi une grâce. Aujourd’hui encore, je découvre que l’accueil est un échange. Grâce à ceux qui m’entourent et me répètent souvent : « Ce n’est pas grave », j’apprends à relativiser. Je retiens davantage ce qui a été positif que ce qui a été difficile.
- Après dix années passées dans une communauté, je ne regrette ni d’y être entrée ni d’en être sortie. Je ne veux pas rester dans l’amertume. J’essaie de me défaire de tout ce qui m’encombre et d’avancer paisiblement, en me demandant ce qui est vraiment grave et ce qui ne l’est pas. Cette manière de regarder les choses m’allège et rejoint pour moi l’appel de l’Évangile à ne rien préférer au Christ.
♫ Chant : Ne rentrez pas chez vous comme avant
Ne vivez pas chez vous comme avant,
Changez vos cœurs, chassez vos peurs,
Vivez en homme nouveau.
1/ A quoi bon les mots, si l’on n’entend pas,
A quoi bon les phrases, si l’on n’écoute pas
A quoi bon la joie, si l’on n’accueille pas
A quoi bon la vie, si l’on n’aime pas ?
2/ Pourquoi une chanson, si l’on ne chante pas,
Pourquoi l’espérance, si l’on n’y croit pas,
Pourquoi l’amitié, si l’on n’accueille pas,
Pourquoi dire l’amour, si l’on n’aime pas ?
Elargissons notre prière pour que, par nos voix, elle se fasse universelle
Je n’osais pas dire ton nom
Dans le secret de ma prière
Mais en m’appelant le premier
Tu m’as permis de te nommer
Père du ciel et de la terre

B. Idoux-Renard – coll. privée
Credo
Nous croyons en Dieu, Seigneur de la Vie, qui a relevé d’entre les morts son fils Jésus-Christ.
Nous reconnaissons comme Seigneur de nos vies celui qui a dit« Lève-toi et marche »,
Nous croyons que Dieu nous a confié le monde et nous appelle à en être co-créateurs, que face aux forces de destruction, il compte sur nous pour remettre l’homme au centre de la création.
Nous croyons en Jésus-Christ qui est venu sur la terre et qui inscrit notre histoire dans la promesse de Dieu.
Nous croyons que par sa mort et sa résurrection, il nous invite à traverser nos morts quotidiennes pour en faire émerger une vie renouvelée et créatrice.
Nous croyons que l’Esprit souffle où il veut, qu’il nous libère de tout dogmatisme et nous apprend à croire en accueillant le doute.
Nous croyons que l’Église véritable dépasse les frontières des Églises visibles, que la diversité du monde est constitutive de l’Église, qu’aucune institution humaine ne peut s’emparer de ce qui appartient à Dieu seul
Nous croyons que nous sommes appelés à œuvrer pour la justice, ensemble là où nous sommes, et que le Royaume commence ici et maintenant.
AMEN
♫ Notre Père
Musique : G. de Courrèges




